le cinéma renouvelé ?

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Mercredi 11 novembre 2009
A l’heure où nous commémorons les chutes de mur, un pan de ruines du vieux cinéma vient de s’effondrer. Le laboratoire GTC de Joinville a définitivement fermé ses portes le 4 novembre dernier.
Il y a fort longtemps …. au temps des charrettes à bras et des becs de gaz, juste après la disparition des derniers dinosaures , Joinville fut une  fourmillante cité de cinéma: studios, auditorium, laboratoires et autres composants de la joyeuse industrie cinématographique.  De ces lieux magiques sortirent grand nombre de films mythiques. Carné y tourna
Les Enfants du paradis, Les Portes de la nuit, Quai des brumes, Les Visiteurs du soir. Clouzot y accueilli son Corbeau et ses Diaboliques et Cocteau y présenta la Bête à la Belle. Entre autres ….  Il me semble que le dernier film tourné dans les studios de Joinville fut La révolution française de Robert Enrico en 1989. Souvenir moins impérissable,  il est vrai.
Le laboratoire GTC était le dernier vestige de ce petit monde de l’illusion.
J’ai eu la chance d’y traîner mes guêtres (ou plutôt mes Doc Marteen de l’époque) au début des années 80. Les laboratoires étaient  encore des endroits très actifs et j’y ai tourné un documentaire sur les techniques de laboratoire. J’ai découvert ce maillon indispensable à la fabrication d’un film. Une armée de techniciens de l’ombre, à la fois chimistes savants et artistes passionnés, travaillaient consciencieusement  en collaboration avec l’équipe image des films, pour rendre nos actrices encore plus belles et créer la meilleure atmosphère possible .  Je me souviens d’une discussion avec un des étalonneurs qui avaient travaillé sur le
Danton d’Andrzej Wajda. Le réalisateur polonais voulait une sorte de rendu sépia sans que cela en soit vraiment un. La pellicule avait eu un traitement chimique tout à fait spécial, ce qui avait rendu le travail d’étalonnage très compliqué. Quelque mois auparavant j’avais suivi quelques jours du tournage du film pour les besoins d’une émission de radio que nous faisions avec mes amis de Chantilly. Vivre ensuite cette autre étape primordiale du processus de fabrication du film m’a ouvert les yeux. Après la fureur et les gesticulations du tournage , le cinéma c’était aussi ça: des hommes en blouse blanche discutant posément de formules chimiques et regardant à la loupe des images négatives dans une odeur âcre et nauséabonde.
Disparu, ce vieux monde désuet. Remplacé par une technologie froide, efficace et implacable. Les techniciens d’aujourd’hui  sont toujours de grands magiciens mais ils ont les mêmes outils que les comptables,  les géomètres, les écrivains, les contrôleurs des impôts, les … enfin … que tout le monde.
Débarrassons-nous vite de cette nostalgie morbide et regardons une dernière fois derrière nous.
Le 4 novembre les derniers employés de GTC ont déroulé et fait pendre des kilomètres de pellicules des fenêtres du labo …. de magnifiques gerbes pour  un triste enterrement .
Le cinéma meurt, trouvons-lui vite un nouveau nom.
Par Eric PETIT
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Samedi 7 novembre 2009
J’ai revu L’Etat des choses de Wenders au  moment où un pan entier des ruines du cinéma s’écroule avec la fermeture définitive du laboratoire GTC, institution née en 1903. Il est permis de ne pas croire au hasard. Je termine une petite vidéo sur ce triste évènement que je mettrai en ligne sur ce blog très prochainement.
The State of things date de 1982 et raconte l’interruption du tournage d’un film de science-fiction The survivors. La métaphore est encore plus facile à suivre aujourd’hui. Un groupe d’êtres humains déambule en combinaison de survie dans un  paysage post-nucléaire. Combien de temps vont-ils encore pouvoir survivre ? Certains sont déjà atteints par le mal. Un père devra même étouffer son propre fils pour lui éviter de trop grandes souffrances. Le tournage de ce remake d’une véritable série B (The most dangerous man alive) qui a lieu au Portugal est interrompu faute de pellicule. Le producteur, escroc notoire, est aux abonnés absents et ne donnera plus signe de vie jusqu’à ce que le réalisateur  parte à sa recherche aux Etats-Unis.
Si quelques musiques nous paraissent aujourd’hui un peu datées, ce film est d’une actualité brûlante.
Je n’avais vu ce film qu’une seule fois à sa sortie en salle et il m’avait enthousiasmé. Aujourd’hui je le comprends beaucoup mieux et mon euphorie s’est transformée. Je le trouve d’une  terrifiante prophétie. Oiseau noir et blanc de mauvais augure.  Au début des années 80, un certain nombre de réalisateurs évoquaient la mort du cinéma. Nous étions d’accord sans  y croire vraiment.  Cela faisait partie des discussions branchées , ça permettait de faire l’intéressant. On parlait de télévision, de vidéo… on ne connaissait pas encore le numérique. Pourtant le computer aperçu dans le film de Wenders aurait du nous mettre la puce à l’oreille.
Pour ce film Wenders avait convoqué quelques fantômes du vieux cinéma: Sam Fuller joue le rôle du directeur photo, Robert Kramer (co-auteur du scénario avec W.W) est son cadreur et Henri Alekan signe le magnifique noir et blanc du (vrai) film.  Alekan n’est autre que le directeur photo de
La Bataille du rail de Clément et La Belle et la bête de Cocteau.
L’Etat des choses est truffé de références et de clins d’œil au cinéma et c’est aussi pour cette raison qu’il a tant plu aux cinéphiles de tout poil. Certains ont vu dans ce film un règlement de compte de Wenders contre le cinéma Hollywoodien et contre Coppola lui-même. Le réalisateur allemand sortait d’une collaboration houleuse avec le cinéma américain et  l’expérience de Hammett lui avait laissé un goût amer en détruisant beaucoup de ses illusions.  
Wenders a presque improvisé ce film dans l’urgence. Après avoir découvert un gigantesque hôtel en ruine en bord de mer à Sintra à quelques encablures de Lisbonne,  en rendant visite à Raoul Ruiz sur le tournage de son film
Le Territoire, il a engagé une partie des comédiens puis est vite retourné en Allemagne pour mettre la production sur pied .  Le tournage a été court: cinq semaines.
L’image finale de L’Etat des choses montrant Patrick Bauchau (Fritz le réalisateur du film), petite caméra vidéo au poing  a fait le tour du petit monde de la cinéphilie. Elle tendait à l’époque à nous montrer l’impuissance du cinéma à se défendre contre ses agresseurs. Aujourd’hui  elle pourrait nous laisser croire que le numérique va nous aider à survivre. Après tout,  après la chute de Fritz, il me semble que la caméra continue à capter des images, non ?

lire aussi:
Les ruines s'effondrent. Fermeture de GTC.
Par Eric PETIT
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Samedi 24 octobre 2009

une semaine de cinéma (7)


rigolé (jaune),

en voyant ces pubs dans un magazine.
                                                                          
Cool ! On nous dit que l’on peut brancher des enceintes pour faire profiter tous ses copains de rame. Enfin là, il est tout seul le monsieur dans son wagon tout propre. La réalité c’est plutôt ça:
                                          
un type collé à son mini écran avec dix clampins aglutinés à lui qui essaient de voir quelque chose par-dessus son épaule.

                                       
Un petit plaisir solitaire sous la tente, ça vous tente ma tante ?

 













Quel bonheur, Dany Boon pour moi toute seule dans ma baignoire…. Qu’est-ce qu’on s'marre tous les deux !

 

Ici, on flatte ma fainéantise. Même plus la peine d’aller au vidéo-club. De toute façon, ils ferment tous, les uns après les autres.
Bon, le truc sympa, c’est que je peux inviter des copains. Comme ça ce sont eux qui amènent les pizzas. « Sans vous déplacer! »

 

 





déçu,

par Le Ruban blanc. Pourtant c’est un très bon film. Mais c’est tout. L’exemple même du film mort. Bien ficelé, belle image, histoire intéressante, bons acteurs … On ne s’y ennuie pas. On en a pour son argent. Mais c’est déjà un vieux film. Voir même un classique. On va y amener les lycéens, les écoliers. Un bon représentant du vieux cinéma.

Sur cette photo de gauche à droite, Un prophète, Le Ruban Blanc, un court-métrage et un film à sketches 


averti,

par mon mystérieux ami. Celui qui m’envoie des messages par petits papiers jaunes affichés tout autour de chez moi. Cette fois il m’invite pour revoir A nos amours de Pialat (un film vivant) sur grand écran. Damned! C’est le même jour que l’avant-première d’Irène à Suresnes. Choix terrible. Mon cœur penche pour Cavalier.
rappelez-vous: Le petit papier jaune et les derniers indiens.

Vous remarquerez, cher internaute cinéphile, les couleurs très « Van Gogh » de la photo.




















entamée,
la lecture de ces deux bouquins. Je vous avais déjà un peu parlé de l'étude du ministère de la Culture. Pratiques culturelles des Français   Je reviendrai sans doute sur le livre de Serge Tisseron.


















aperçue,
cette petite caméra de poche que l'on branche directement sur l'ordi via l'USB. Cisco, le fabricant nous dit qu'il l'a conçue pour faciliter la mise en ligne des vidéos sur les sites de partage. Deux millions ont déjà été vendues aux Etats-Unis et en Angleterre. Cela représente 85 % des parts de marché des mini-caméras. Est-ce que dans le mode d'emploi il est dit qu'il faut éviter de bouger quand on filme ?? Mini-écran, mini caméra. Mini spectateurs ?

une semaine de cinéma (6)

Par Eric PETIT
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Samedi 24 octobre 2009

C’est sur mon ordi portable, dans mon lit, que je préfère voir les films du Cavalier-filmeur. Je me glisse sous la couette, pose le casque sur les oreilles et lance le DVD.  L’expérience est troublante et l’échange d’intimité un poil gênant. L’auteur me raconte ses histoires tout bas, il me parle. Rien qu’à moi.

La semaine dernière nous avons vu et écouté sa dernière confidence, Irène, sur grand écran, dans une salle de cinéma. Je dis nous, car cette fois l’intimité était collective. Quelques happy few réunis pour une avant-première.

Avant de voir un film de Cavalier (je parle surtout ici de ses films de filmeur, ceux qu’il réalise aujourd’hui, seul avec sa petite caméra), je me pose toujours la question de savoir si je suis en position de voyeur et si tout cela me regarde vraiment. De même, on peut se demander si la démarche d’Alain Cavalier procède de l’exhibitionnisme ou au contraire d’un grand courage de « mettre sa peau sur la table », voir même s’il ne s’agit pas simplement d’une thérapie pour exorciser quelques maux.

La pudeur, la simplicité et l’émotion retenue qui font la force de ses films apportent une réponse claire et ferme à toutes ces questions. On sort toujours bousculé, heurté mais enrichi de quelque chose. Comme l’a dit Bartabas (un autre cavalier  ) au sujet d‘Irène: « Il voyage dans ses propres ténèbres, et nous ébranle car il éclaire les nôtres ». C’est parce qu’il nous parle de la mort, celle, violente et brutale de sa femme, qu’ Irène est le film le plus bouleversant qu’il ait pu nous offrir. Je serais bien incapable de vous en parler correctement et vous renvoie au très beau texte de Pascal Mérigeau paru dans le Nouvel Observateur de cette semaine. Je voudrais juste dire que c’est un film palpitant, dur et drôle. La séquence dans laquelle Alain Cavalier nous raconte sa naissance à l’aide d’une pastèque, d’un œuf et d’une pince est à la fois d’une violence extrême et d’une radicale drôlerie.

Il y a aussi du suspens dans cette histoire. Bref, c’est du grand cinéma et il est encore plus vivant et réel sur grand écran. Nous avons pu discuter avec Cavalier après la projection, lui poser quelques questions sur la façon dont il élaborait ses films. C’était la continuité d’Irène, la même voix douce et ferme. Une suite logique, Irène 2 (le retour). Moment privilégié.

Les films d’Alain Cavalier sont les films les plus interactifs que je connaisse. Ce sont des films participatifs dans lesquels on est projeté. Et là aussi, c’est le numérique qui a permis cela. Jamais il ne pourrait atteindre un tel degré d’intimité et une si grande densité dans le propos avec une équipe de techniciens autour de lui. La terre s’arrête de tourner quand la caméra tourne. Le temps est suspendu. Ce sont les seuls moments magiques des tournages, quand le film se met enfin à vivre. Tout ce qu’il y a autour est lourd et pesant. Cavalier a su s’en débarrasser en profitant de l’évolution technologique.

Pour écouter Alain Cavalier:
Alain Cavalier, l'ouvrier qui a récupéré son outil (vidéo)
"On parait être à côté du récit et en fait, on est dedans" (vidéo)

à lire aussi: le papier du Dr Orlof

Mille mercis à Claudine Cornillat et à l'équipe du Capitole pour nous avoir offert une belle semaine de festivités à l'occasion des 10 ans du cinéma.

Par Eric PETIT
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Dimanche 18 octobre 2009

Tous les dix ans, le département étude du ministère de la Culture réalise une grande enquête sur les orientations et les préoccupations des français en matière de culture. Le traditionnel intitulé, «Les pratiques culturelles des Français…», s’est vu affublé de ce que l’on pourrait appeler un complément de temps: «...à l’ère du numérique». Normal. La dernière enquête datait de 1997. A cette époque les ordinateurs se faisaient encore rares dans les foyers hexagonaux. Le taux d’équipement était de 1 sur 5.

1% des Français seulement avouait surfer sur Internet. A moins d’être âgé de 104 ans et d’avoir élu domicile sur une île ravitaillée par les mouettes, notre vie à tous s’est trouvée bouleversée par le numérique.

Notre rapport aux films et au cinéma a forcément changé. De l’art de la célébration unique et collective, nous sommes passés à différentes formes de consommation des images. L’enquête du ministère nous donne quelques éléments intéressants.

On y apprend par exemple que 43 % de nos compatriotes ne se sont pas rendus dans une salle de cinéma au cours de l’année écoulée. Cela veut-il dire que nous nous intéressons moins au cinéma qu’avant ? Peut-être pas. Et si c’était le cinéma qui ne s’intéressait pas assez à nous ..? Juste retour des choses …

Aucune surprise dans cette étude, rien d’étonnant. Plus on est jeune, plus on aime les films américains et proportionnellement, plus on est vieux plus on apprécie les films français. Américanisation de la culture, uniformisation des goûts. Mondialisation conduisant vers un inclinaison unique.

La numérisation du patrimoine mondial et l’indexation axée sur la théorie du « plus c’est vu, plus ça mérite d’être vu », au détriment de tout le reste, ne va pas aller dans le sens de la richesse et de la variété culturelle. Dans 10 ans la curiosité sera morte. Le principe fondateur d’Internet, «  j’obtiens tout, tout de suite » tendant à devenir aujourd’hui le seul mode de pensée, nous empêche de consulter au-delà des deuxièmes pages des résultats de recherche, puisque nous sommes devenus fainéants.

L’enquête nous dit aussi que sur 100 personnes , 32 regardent des films téléchargés (ciné, séries, vidéo) sur leur ordinateur et 37 des DVD loués ou gravés. Mais on ne sait pas si ce sont ces mêmes gens qui vont moins au cinéma, dommage.

Si nos carrières de spectateurs (je n’ose même plus dire de cinéphile) vont en prendre un sacré coup derrière la nuque, nos pratiques de filmeurs domestiques semblent pouvoir bénéficier positivement de l’évolution technologique. En 1997, 14 personnes sur 100 déclaraient faire des films ou des vidéos contre 27, 10 ans après. Bonne nouvelle ! Parmi les 27 cinéastes amateurs, il faut compter les utilisateurs de téléphone-caméra. Rappelons que «J’aimerais partager le printemps avec quelqu'un», premier long métrage sorti en salle, entièrement tourné avec un téléphone date de juin 2009. Il est l’œuvre du truculent Joseph Morder, grande star du cinéma super 8.


La révolution numérique a-t-elle vraiment eu lieu ?

Quelque chose me parait paradoxal. On dit que le spectateur captif est en voie de disparition et pourtant il me semble que nous faisons de moins en moins d’effort pour découvrir de nouveaux horizons. L’outil révolutionnaire existe, à nous de le saisir et de l’exploiter sans répit et sans pitié.

A nos téléphones …. Euh … non .. A nos caméras !!

Par Eric PETIT
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Dimanche 11 octobre 2009

une semaine de cinéma (6)

entendu,

que l’avenir de la télévision était aussi dans la 3D. Le home cinéma jusqu'au bout !

Plusieurs fabricants de petits écrans nous promettent les premiers téléviseurs 3D en magasin avant la fin de 2010. Avec distributeur de pop corn intégré?!?!

Tout est fait pour que nous n’ayons plus jamais envie de sortir de chez nous.

Le procédé technologique et la mise en place commerciale ne sont pas encore totalement bouclés du coté du cinéma que la télévision tente déjà de mettre le grappin sur les quelques (millions de) spectateurs qui seraient tentés par l’expérience en salle.
Parce que, d’après ce que l’on peut lire dans la presse spécialisée «Hoolywood (c’est qui ces gens déjà ?) estime que la 3D est plus rentable que la 2D». Il s’agit d'améliorer le «taux de remplissage» des salles. Il est vrai que «le marché américain a enregistré une croissance de 4% alors que la fréquentation est en baisse». Normal, le billet 3D est vendu beaucoup plus cher. C’est bien … c’est en augmentant le remplissage que l’on va sauver le cinéma …..
à propos de la 3D
3D. Compte-rendu de séance.
Le relief était presque parfait


re-découvert


le film de Jean Rouch et d’Edgar Morin,
Chronique d’un été (1960). En découvrant Place de la République de Louis Malle la semaine dernière, ce documentaire de 1960 m’est revenu à l’esprit. J’ai voulu le revoir. Là aussi, ce sont des gens ordinaires (ordinary people ?!) qui ont la parole. La naissance du cinéma du réel, peut-être … en tout cas, on comprend mieux quelle influence Rouch a eu sur les jeunes cinéastes de la Nouvelle vague. Des plans révolutionnaires pour l’époque.
                                  
                                    question 11: plus c'est sur le vif, plus c'est vrai ?

lu,


un livre passionnant de François Niney,
Le documentaire et ses faux semblants. 50 questions sur le documentaire, du genre, «qu’est-ce qui distingue notre monde d’un monde de fiction?», «Qui dit farce dit fiction mais aussi dindon ?», «Que voit la voix off ?» ou tout simplement «A quoi reconnaît-on un documentaire ?». Décidément, cette collection des éditions Klincksieck est forte intéressante.

J’avais déjà évoqué Le cinéma à l’heure des petites caméras.

 

 

 

 

                                          réel/fiction


            



                                
                                                                                                        2 mondes parallèles qui communiquent sans cesse.


applaudis des deux mains,

ces propos du grand Cavalier (Alain) lus dans le dernier numéro de Positif:

«C’est pour vous dire que cadrer, ça n’existe pas pour moi. Je cadre de mon réveil jusqu’au soir, non stop. De temps en temps, je porte la caméra à mon œil et j’appuie sur le bouton. Je suis un seul plan subjectif que seule la mort peut interrompre. Je suis dans une alerte permanente, et ce sans le moindre effort».
(re)voir aussi:
Alain Cavalier, l'ouvrier qui a récupéré son outil (vidéo)
"On parait être à côté du récit et en fait, on est dedans" (vidéo)



question 12: plus c'est posé, plus c'est faux?



attendue,


la semaine du 13 au 20 octobre. Le dynamique cinéma de Suresnes, Le Capitole , nous promet quelques soirées inoubliables pour fêter ses 10 ans. Des projections, des rencontres, des lectures, des animations pour petits et grands. L’après-midi du samedi sera consacré aux enfants avec un ciné-goûter et la projection de 2 films pour ces chères têtes blondes puis la soirée sera exclusivement réservée aux adultes «consentants» … Une Nuit d’amour qui nous permettra de (re)voir le film d’Alain Guiraudie, Le roi de l’évasion, suivi d’une conférence de Dominique Païni, Les silences d’Eros et la nuit se poursuivra avec la projection d’une sélection de films anciens érotiques et muets, Polissons et galipettes. Les enfants dormiront depuis longtemps… Durant ces quelques jours de fête nous verrons en avant-première Le concert, en présence du réalisateur Radu Mihaileanu, Le Ruban blanc de Michael Haneke, Les herbes folles d’Alain Resnais, Loup de Nicolas Vannier, La grande vie, en présence du réalisateur Emmanuel Salinger, et une soirée que je ne louperai sous aucun prétexte, l’avant-première du dernier film du vénéré filmeur, Irène, présenté par Alain Cavalier lui-même.

Quittons un peu nos petits écrans, sortons de chez nous, les bonnes occasions comme celle-ci deviennent rares … Je fais de la pub, ce n’est pas mon habitude et ce n’est pas du copinage. Je n’ai pas d’action dans ce cinéma. Moteur !









Le capitole de Suresnes




une semaine de cinéma (5)
une semaine de cinéma (4)
une semaine de cinéma (3)
une semaine de cinéma (2)
une semaine de cinéma (1)

Par Eric PETIT
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Dimanche 4 octobre 2009

Je découvre le film de Louis Malle, Place de la République. Il s'agit d’un documentaire sous forme d’un micro-trottoir de 95 minutes. Je n’ai jamais été un grand fan du cinéaste. Dans sa longue filmographie, seul Le feu follet m’a véritablement plu. Mais je n’ai pas vu tous ses films. Pour ce dernier, il avait su s’entourer des meilleurs complices possibles: Drieu la Rochelle, Erik Satie et l’immense Maurice Ronet.

Place de la République est une excellente surprise. Pas toute neuve, certes, le film date de 1972 ! Louis Malle et ses partenaires (François Mozskowicz et Jean-Claude Laureux) ont investi les trottoirs de la République durant une dizaine de jours et ont fait parler les passants devant leurs deux caméras 16 mm. Le résultat est d’une richesse incroyable. C’est un témoignage unique, drôle et très instructif sur la veille France pompidolienne.

Mais le film va bien au-delà de l’intérêt didactique et ethnographique. C’est un film sur la parole et l’importance ou la futilité des mots. La façon avec laquelle ils sont prononcés est plus essentielle que leur signification. Au commencement n’était pas le verbe, disait Céline, au commencement était l’émotion. Le verbe est venu par la suite. Les arbres ont existé avant d’avoir un nom.

On sent ici le besoin de parler, de tout, et parfois de rien du tout, quitte à dire n’importe quoi. La dernière séquence est certainement la plus émouvante. Pourtant cette femme qui finit par s’éloigner sur son vélo, continue à raconter une histoire qui nous parait incohérente. Plus personne ne l’écoute, l’homme à la caméra tente de la suivre en courant mais abandonne vite, la laissant partir sur le boulevard.

Chaque jour on cherche à «donner du sens» à ses propos. Il s’agit juste de se donner de l’apparence, d’être dans une logique qui est la même pour tout le monde.

En 1972, la parole semblait plus libre, décomplexée et débarrassée de toute autocensure. Les gens de la République, que l’on voit et que l’on écoute ne sont pas dans le paraître ni dans le jeu. On explique sans se plaindre qu’on est à la rue sans ressource. «J’suis une cloche, quoi. Mais ça n’a pas toujours été comme ça et ça peut très bien changé». On ne surjoue pas. On n’est pas dans un rôle. On n’essaie pas de se justifier.

«Non, je n’ai pas envie de me marier avec un Arabe», dit une femme. C’est simple, c’est clair et dépourvu de haine et d’hypocrisie. Plus personne aujourd’hui n’oserait parler ainsi devant une caméra. Le SDF justifierait son état en se plaignant et en désignant des coupables et la jeune femme prendrait dix mille chemins détournés pour éviter de répondre à la question. Ou bien elle mentirait.

En 1972, la parole est modeste: «oh, vous savez moi …». On respecte la caméra. On s’étonne même de l’intéresser. Aujourd’hui on trouve légitime de l’attirer. On la provoque, on la prend d’assaut. On veut participer au «grand truc médiatique», pour exister. On a son avis à donner, même si on n’a rien à dire.

Le micro-trottoir est un exercice qu’il m’arrive de pratiquer, sans le talent de Louis Malle, bien évidemment. Je me souviens d’une petite vidéo pour laquelle je devais interroger les gens de la rue sur la crise financière. Je ne suis tombé que sur des experts, des spécialistes !


           Malgré tout, le besoin de parler reste fort. Et parfois, surprise, quelqu'un se lâche un peu.


Place de la République est également un film sur le film. D’abord parce qu’il est fait à deux caméras et qu’il nous arrive d’en apercevoir une de temps en temps. Le micro est vaguement dissimulé dans une sacoche que l’on pointe vers l’interviewé. Les passants questionnent les intervieweurs et, retournement de situation , une des passantes devient à son tour intervieweur. Louis Malle se fond dans le groupe des badauds et regarde le film se faire presque tout seul.

Une des images les plus fortes de Place de la République est sans doute celle où le cinéaste parle avec un passant sans même le filmer en portant sa caméra dans les bras, comme s’il portait un bébé.

Par Eric PETIT
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Dimanche 27 septembre 2009

Ordinary people arrive à un moment où je me pose beaucoup de questions sur l'Europe. Un séjour dans une région de l'ex-Yougoslavie, la découverte (tardive) des films de Kusturica, la lecture du récit de Jean Hartzfeld, journaliste à Libération (L'air de la guerre), les documentaires de Chris Marker (Un maire au Kosovo, Casque bleu, Le 20 Heures dans les camps) m'ont fait plongé dans l'histoire de la dernière guerre civile qu'a connu le vieux continent. Je ne sais d'ailleurs pas encore si tout cela m'a fait mieux saisir les causes du conflit que toutes les informations embrouillées et confuses que la télévision et les journaux bombardaient en direct à l'époque. Les conséquences, elles, se précisent peu à peu.
Ordinary people arrive au moment où je suis de plus en plus convaincu que le cinéma est en train de disparaître pour laisser la place à quelque chose d'encore indéfini mais de bien présent. Que cherche-t-on à faire de plus aujourd'hui, que de se rapprocher le plus possible du réel ? Il devient impossible de différencier une prise de vue réelle d'une image numériquement composée. La 3D essaie de nous  faire croire que nous faisons partie de l'histoire. La dématérialisation ! Gros mot tendance. Plus de frontière entre le réel et la fiction. Plus de caméra, plus d'écran. Plus de cinéma. Mais a-t-on déjà vu l'image d'un chien mordre ?
Le beau film de Vladimir Perisic nous rappelle que le réel est avant tout question de temps, de rythme, de vitesse et de mouvement. S'il nous arrive parfois d'avoir du mal à supporter la vie en collectivité, au travail, en famille, c'est sans doute pour une question de rythme.
Ordinary people me va bien. C'est mon rythme et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles ses images me hantent encore aujourd'hui, plus d'un mois après l'avoir vu. Pourquoi ce film, alors que j'en ai vu un tant d'autres depuis ?

Quelques images, quelques sons, quelques notes d'un spectateur hanté ... 9'56

lire aussi:  Palestine, Yougoslavie, prisons. L'air du temps.





"Un trajet en car, un paysage qui défile, le visage d'un homme qui cherche à comprendre une   "circonstance".

Par Eric PETIT
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Dimanche 20 septembre 2009
une (petite) semaine de cinéma (5)

aperçue,


cette affiche pour un festival de court-métrage. Je me suis souvenu du papier jaune dont j'avais déjà parlé ici. Le petit papier jaune et les derniers indiens. C'est le moyen de communication tendance du moment, l'affichage sauvage. J'ai lu quelque part que Marc-Edouard Nabe à défaut de se faire publier, placardait les rues de Paris de ses écrits, qu'il préférait faire ça que d'écrire sur son blog. Sur Internet, l'écriture est virtuelle, pas sur le papier. Il a sans doute raison, l'auteur de l'incontournable "Au régal des vermines".



croisé,










un Yougoslave monté sur roues. Je ne sais pas si j'irai voir ce film, mais ça m'a fait plaisir de croiser à plusieurs reprises Emir, roi de l'Underground.







saluée,

Marianne Renoir, une "copine à Ferdinand".
Profitons-en pour signaler la projection numérique du film des films,
Pierrot le fou, à la Cinémathèque de Paris le mercredi 25 septembre à 20h00. Nous devrions avoir une projection de grande qualité. Pour une fois  qu'on peut voir les aventures de Ferdinand sur grand écran ... On nous promet la présence d' Anna Karina et, sous-réserve, de Jean-Paul Belmondo.  Séance de rattrapage le 17 octobre à 21h00, mais en 35 mm et sans Anna.
"Ecoute ça, p'tit' fille ..."





une semaine de cinéma (4)
une semaine de cinéma (3)
une semaine de cinéma (2)
une semaine de cinéma (1)
Par Eric PETIT
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Dimanche 20 septembre 2009

Comme disait Machin, j’en reviens toujours à ma grande attaque contre le consensus mou.

Jetons un œil distrait sur les chiffres de fréquentation des salles. Le bok-so-fisse.

En vrac et suivant les différentes publications consultables, Lol, Ponyo sur la falaise, Gran Torino, Coco, Volt, Twilight, L’Âge de glace sont les grands gagnants de l’année. Les 15-24 ans constituent la tranche de population la plus «cinéphile», nous dit la presse et la sacro-sainte institution Médiamétrie. Vive le cinéma ! Y a d’l’avenir !

On nous dit aussi (Le Figaro du 8 septembre), que si les seniors (ce sont les vieux de 50 ans) ont été moins nombreux à se rendre dans les salles, c’est parce que l’offre était limitée à Gran Torino, Enfin veuve, Paris et Bienvenue chez les Chtis. (sic). Il me semble pourtant qu’avec le nombre de films qui sortent chaque semaine, le choix était plus vaste… Mais c’est Médiamétrie qui l’a dit, alors …. Si c’est dans l’journal … c’est qu'c’est vrai.

Drôle de façon de penser. Non seulement on empêche les gens de voir d’autres films en squattant la majorité des écrans avec des merdes sans nom pour ne laisser aucune chance aux autres films, et une fois l’affaire faite, on tire vite un trait sur ce qui aurait pu venir concurrencer modestement la machine. On nie l’existence de dizaines de films français ou étrangers qui se sont battus pour vivre et qui, si on créait un ratio nombre d‘entrées / nombre d’écrans/ budget publicitaire / satisfaction du public, tiendraient la dragée haute à tous ces Ch’tis foireux et ces «Coco» insipides et sans saveurs. Mais on préfère les faire disparaître des statistiques.

C’est l’époque qui veut ça. Ce qui se vend le plus est forcément le mieux. On ne laisse aucune chance à la moindre nouveauté, la moindre découverte. Il faut aimer ce que tout le monde aime. C’est une dictature dont Médiamétrie tient les rênes et dont Gad Elmaleh et ses complices sont les agents.

Autre exemple, en dehors du cinéma. Google a décidé de préserver (pour la commercialiser) la mémoire écrite du monde en numérisant l’ensemble des œuvres littéraires de la planète. Projet colossal, déjà bien avancé, que seule une entreprise privée de la taille du géant américain est capable de réaliser aujourd’hui. Inquiétudes des auteurs, des éditeurs, des «intellectuels» du monde entier.

De quoi a-t-on peur ? De créer une et une seule grande playlist des meilleurs ventes mondiales de livres. Je résume un peu grossièrement, mais c’est de cela qu’il s’agit. Quand vous lancez une recherche sur Google Book, les résultats que vous obtenez sont classés par popularité, c’est-à-dire que les dix premiers romans que l’on vous propose sont ceux qui ont fait l’objet du plus grand nombre de recherches. Les autres? Il faut aller les chercher à partir de la quatrième ou cinquième page. Comme on est tous faignant quand on est sur Internet (moi le premier), c’est l’instantanéité qui compte, on ne va pas plus loin que la seconde page. Normal, Internet c’est l’accès à tout , tout de suite. Ce qu’il y a après «tout de suite» n’existe pas. C’est le plus grand nombre qui fait la loi. Il me semble que les Américains sont plus nombreux que nous, petits européens en perdition.

Et boeufs que nous sommes, nous suivons les ordres du grand chef, Google, Médiamétrie ou les chiffres du bok-so-fisse.

Fichtre ! Réagissons, essayons de retrouver un peu de dignité, un peu de sens critique. Tentons quelques sorties, échappons-nous de temps en temps de cet océan en faisons quelques brasses à contre courant.

Dans les années 1920, ce qu’on a appelé l’avant-garde cinématographique, avait tenté sa petite révolution. Il s’agissait pour ces quelques cinéastes audacieux de sortir le cinéma de l’emprise de la parole, du dictât du scénario, pour retrouver un véritable langage par l’image. Fini le bavardage, vive le film total et le cinéma du mouvement. Un retour au source, en quelque sorte, mais avec une démarche plus créative et artistique. Louis Delluc, Abel Gance, Marcel Lherbier, Germaine Dulac, Jean Epstein ou Jean Grémillon ont expérimenté, souvent excessivement mais toujours passionnément. Le cinéma d’aujourd’hui profite encore aujourd'hui de bien de ces audaces.

Il était question simplement de retrouver le goût de l’originalité, de la valeur (sic) et de l’effort,et  ainsi de redonner au cinéma un petit peu de fraîcheur.

Une véritable guerre s’est déclarée entre les partisans du film populaire et familial et les trublions partisans du film symphonique. Ce fut assez violent. De véritables expéditions punitives étaient menées par les uns et par les autres. Nombre de projections étaient perturbées ou interrompues suite aux opérations commandos.

Lors de l’avant-première du film de Germaine Dulac, “La coquille et le clergyman” au studio des Ursulines, la bagarre commença dès le générique. Dulac se fit de traiter de truie, de grosse vache et de tous les noms d’oiseau possible. Le pugilat se poursuivit jusqu’au bar du cinéma, dans la joie et la bonne humeur. On est bien loin des avants-premières d’aujourd’hui … simples opérations de relation-presse-publicitaire duarnt lesquels on se lêche la pomme, se félicite (d’être là surtout), en se gardant bien de faire le moindre commentaire personnel et pertinent sur le film projeté.

Luis Bunuel aimait raconter que pendant les projections d’ Un chien andalou et de L’Âge d’or, il se tenait derrière l’écran pour s’occuper du gramophone qui diffusait les musiques
d’accompagnement, et qu’il remplissait ses poches de cailloux pour les lancer sur l’assistance en cas de manifestations négatives. Le cinéma bougeait encore.

Dans un précédent billet  Coco ! Coco! On t’enc….!,je faisais un parallèle entre les spectateurs de cinéma et les supporters de foot. Quand je vais au stade (je suis à la fois supporter de Philippe Garrel et du PSG – et j’en connais beaucoup d’autres), je vois une multitude de gens heureux d’être là, pressés que le spectacle commence, parlant, criant (fort parfois, évidemment), plaisantant. De la bonne humeur., toujours. Du mauvais goût, souvent. Peu importe la qualité des propos, on est là pour la plaisir du moment et surtout pour voir du beau jeu. On est content d’être là et on le montre.

Quand je vois la queue devant les cinémas, je vois des boeufs qu’on mène à l’abattoir. Ils n’ont pas vraiment eu le choix d’être là, tant le matraquage d’avant séance a été violent. Ils sont déjà à moitié abrutis et KO. Ils sont résignés sur leur sort, sachant très bien de quelle façon ils vont se faire croquer.

Ils ont déjà tout vu, tout entendu sur le film: les bandes annonces, les teasers, les trailers, le bêtisier du tournage, les gentilles vedettes racontant dix fois les mêmes anecdotes au journal télévisé. Ils viennent au cinéma juste pour avoir confirmation, pour valider. C’est tout juste si à la sortie, ils vont esquisser un sourire niais et béat.

A moins que ces files de gens ne préfigurent l’enterrement du cinéma. On marche en silence derrière le cercueil.

à lire aussi  Coco ! Coco ! On t'enc... ! 
                 Que l'on prête une petite caméra numérique à Gad Elmaleh !

Par Eric PETIT
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Samedi 12 septembre 2009


J'aime assez quand les films que je vois se mettent à dialoguer entre eux.
Certains cinéastes disent que l'on fait toujours un film en réaction au précédent. Je crois que c'est Godard qui avait lancé cette idée. Bon nombre de réalisateurs ont pris ces propos à leur compte.
Le spectateur que je suis peut appliquer le principe pour les films qu'il voit.
En trois jours, j'ai vu trois bons films en salle et, évidemment, des correspondances se sont nouées entre eux.


Le Temps qu'il reste , du Palestinien Elia Suleiman, Un prophète,du palmé Audiard et Ordinary People, du serbe Vladimir Perisic. Trois films, trois styles opposés. Des points communs qui pourraient donner l'illusion d'une tendance.
Un prophète et Le temps qu'il reste sont construits en chapitres bien distincts. (dans le film palestinien les ellypses sont d'une grande audace)
Paresse des scénaristes ? Travail mâché pour les éditeurs de DVD ? Peut-être. Quoi qu'il en soit, ça fonctionne.

Le film serbe et le film Palestinien parlent tous deux de guerre et d'invasion, de lutte de peuples, 
d'ethnies contre d'autres. Ni l'un, ni l'autre ne sont des pamphlets, ni même des films politiques.  
L'un  et l'autre respectent une certaine  neutralité. Aucun nom de pays de pays n'est cité. Aucune 
référence religieuse ne vient appuyer un discours. (Mis à part la présence furtive d'une bonne soeur 
et l'apparition d'une statuette de la Vierge dans le film de Suleiman).
Ce refus d'un parti pris partisan est encore plus net dans le film de Perisic où aucun drapeau, aucun  nom de lieu, aucun détail sur les uniformes ne permettent d'identifier l'armée d'appartenance des militaires.
Peur de prendre position ? Participation au grand consensus mou ? Universalité des cas particuliers ?
Point commun qui divergent entre le film d'Audiard et celui du Serbe: les prisonniers.
Chez Audiard, les taulards savent pourquoi ils sont là et semblent être en perpétuelle révolte.
Dans Ordinary people, les condamnés n'ont pas d'autre raison d'être là, que leur appartenance à une communauté et vont vers une mort dans le calme le plus complet, sans autre mouvement que celui de marcher sous la menace muette des bourreaux et de leur kalashnikov.
Mettre quelques photos les unes à côté des autres, c'est déjà raconter une histoire. Il semble qu'il  en soit de même pour les films que l'on voit. Ça peut donner un aperçu de l'air du temps, quelques indications sur la façon d'appréhender son époque. 


  Sur les dialogues possibles entre les films, on peut lire aussi:
Haneke, Powell, Erika et Mark. Dans mes rêves...
Par Eric PETIT
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Lundi 7 septembre 2009
L'été, c'est aussi le moment des découvertes et des explorations.                                           
Le dimanche 26 juillet à 11 h 00 du matin j'ai assisté à la projection unique de
Charly, le film d'Isild le Besco, dont je ne connaissais absolument rien auparavant. Ce film m'a touché. Son sujet, ses personnages, son style.
Petit film tourné en DV, quasiment en temps réel. Grand film qui m'a hanté durant plusieurs jours et auquel je pense régulièrement. Les images remontent de temps à autres à la surface.
Deux personnages extrêmement forts. Une histoire simple mettant en scène des caractères en complète résonance avec le réel. N'oublions pas que le cinéma, la fiction en général, n'est intéressant  et troublant que parce qu'il se place entre notre quotidien et notre imaginaire, parce qu'il nous rappelle concrètement l'existence tout en étant tout à fait autre chose. Quelque chose d'étranger mais tellement familier.
Cet ado joué par le propre frère de le Besco sonne si juste parfois. Ces grandes carcasses juvéniles et adultes dans le même temps qui semblent souffrir sans même s'en rendre compte.
"Je sais pas" est la seule réponse aux questions qu'on lui pose. Il est sincère pourtant. A 15 ou 16ans, on ne sait pas, on ne sait plus ou on ne veut surtout pas savoir. Et quand on ne sait vraiment pas, on ne sait pas faire semblant.
Après avoir vu le film, j'ai cherché à mieux connaître la réalisatrice. J'ai découvert la famille le Besco ... and Cie...
J'ai acheté le DVD de
Pardonnez-moi, film de Maïwenn, soeur d'Isild. Autre style, même souffrance apparente.. De l'écorché vif, pourrait-on dire.
Pour ce film Maïwenn le Besco a eu le courage inouï et l'impudeur provocante, voir l'indécence de mettre sa peau sur la table, comme disait Céline.
La jacket du DVD fait référence à Pialat et à Festen. Pas faux. Mais ils ont oublié Lelouch. Et là, ça aurait pu se gâter. Impression renforcée par la présence d'Anne-Sophie L., seule acrice qui sonne faux à souhait (son personnage est effectivement en total décalage avec l'histoire - il est en dehors).
La scène centrale du repas d'anniversaire est costaud. On pardonne vite les excès et les séquences un peu guimauve, un peu ... lelouchienne.
Drôle de tribu. L'actrice Catherine Belkhodja, égérie de Chris Marker,  est la mère de cette riche famille. Cinq enfants: Isild, Maïwenn, Jowan, acteur, réalisateur et directeur photo, Léonor Grasser, actrice, scénariste et Kolia Lichter, le formidable acteur de Charly. Très tôt elle aura poussé ses enfants vers une vie artistique. Le court-métrage de Maïwenn
I'm an actrice nous en donne un aperçu.  Le sujet de Demi-tarif, long métrage d'Isild (que je n'ai pas vu) me laisse imaginer une bande d'enfants vivant quasiment seuls dans un grand appartement, sans adulte, autonomes et trop tôt responsables. Un lourd secret familial plane au dessus de tout ça, tu par certains et hurlé par d'autres. Mais là je me fais un film. On ne sait plus si on est dans la bio ou dans la fiction.
Isild et Maïwenn ont profité de la révolution numérique pour raconter leur Histoire et leurs histoires avec de petites caméras. Ce sont de vrais univers de cinéastes. On accroche ou pas, mais ils ont le mérite d'exister.
Je n'ai pas eu encore eu l'occasion de voir
Le bal des actrices, film que Maïwenn a présenté au dernier Festival de Cannes, ni même les autres films d'Isild. J'ai cru comprendre que cet été elle tournait une histoire intitulée Les bas-fonds. J'ai hâte de voir la suite.
L'été est un moment formidable.
Par Eric PETIT
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Samedi 29 août 2009
                                                          

Finalement, c'est assez drôle une séance de cinéma 3D. Enfin, ça amuse beaucoup les adultes de mettre ces horribles lunettes au bout du nez, après les avoir soigneusement nettoyées avec la petite lingette offerte par l'exploitant.
"Mets-les, toi, pour voir", "Ouah! ça te va bien", "attends je vais te prendre en photo avec mon iPhone". Les enfants, eux, ne semblent pas plus excités que ça, pas même émus. Faut dire qu'ils sont là pour le film, voir le troisième volet de L'âge de glace. Ces histoires de 3D, de lunettes, ça les gaverait presque. Et puis tous ces adultes dans la salle... pfff.
Les parents sont là, impatients de voir pourquoi ils ont payé 3 euros supplémentaires pour le relief... veulent en avoir pour leur argent. Il a bien fallu faire attention en regardant le programme, pour ne pas se tromper de salle. Seuls 27 % des copies distribuées sont en 3D. Il semble que ce ne soit qu'un gadget supplémentaire. Le film peut se suffire à lui-même. L'âge de glace 3 est une bonne histoire bien sympathique pour laquelle on prend du plaisir, relief ou pas. D'après le distributeur français du film: "C'est un plus mais, pour que cela marche, l'élément le plus important reste la qualité du film". On sort doucettement du phénomène de foire, de l'attraction spectaculaire. Tant mieux.
Pour L'âge de glace, sur les 9 premiers jours la version 3D(source Ecran Total) représente 25 % des entrées.
Le développement du relief et les tentatives et autres expérimentations faites autour seront-ils suffisants pour faireressortir les gens de chez eux, leur faire lever le nez de leurs petits écrans ?
Pour ma part, j'attends la prochaine occasion de chausser les lunettes avec impatience.


lire aussi: le relief était presque parfait

Par Eric PETIT
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Samedi 29 août 2009
Pas un journal, une revue qui ne célèbre les 50 ans de la Nouvelle vague en posant l'inévitable question: qu'en reste-t-il ? Vieux débat, vieille discussion de comptoir pour ceux qui veulent refaire le monde du cinéma. Début des années 80, c'était déjà le sujet écrit de l'examen de passage en seconde année lorsque j'étais étudiant au Conservatoire Libre du Cinéma (16/20, tout de même ...). J'ai toujours pensé que cette courte période de l'histoire du cinéma avait été un des derniers soubresauts de ce qui a été considéré, à tort ou à raison, comme un art. 7ème du nom.
Avec ces films que j'ai véritablement découvert qu'il existait d'autres formes de récits filmiques que ceux que j'ingurgitais chque dimanche soir devant le poste de télévision familial.
Belmondo a été un fantastique passeur d'un cinéma l'autre. Si je faisais inconsciemment la différence entre un Verneuil et un Melville, je ne pouvais pas imaginer qu'il puisse exister un autre Belmondo, libre, presque sauvage. Celui que j'ai découvert dans
Pierrot le fou, un soir de ciné-club sur la deuxième chaîne de notre écran (encore) noir et blanc, m'a fait  perdre tous les repères que j'avais mais m'a, dans le même coup, ouvert des horizons que je n'avais jamais imaginés. Ce film, que je n'ai sans doute pas pu apprécier correctement (petite télé noir et blanc pour un film en scope où l'utilisation de la couleur est importante, âge un peu juste du petit spectateur pour entrer dans l'histoire) ... ce film, je disais, m'a fait l'effet d'un grand souffle d'air frais déstabilisant à souhait.
A partir de là, j'ai ramé à contre courant, remonté le cours de l'histoire pour arriver aux films de la Nouvelle vague.
Pierrot est né en 1966 et Les 400 coups datent de 1959. Avec ces films j'ai eu l'impression de commencer ma vraie carrière de spectateur. De passer du statut d'amateur à quelque chose de plus sérieux, plus officiel. Je me suis goinfré, j'étais dedans jour et nuit. J'habitais en plein Montparnasse, rue Delambre, là où la Cléo de Varda va au cinéma, à deux pas de la rue "Première Campagne". A trois minutes du jardin du Luxembourg où j'ai passé des journées entières à lire et à rêver aux films que je venais de voir, à ceux que je n'avais pas encore vus et à tous ceux que je ne ferai jamais.
Des années d'existence m'ont obligé à prendre du recul par rapport à cette période bouillonnante et à toutes ces histoires quasi mythiques. Et puis Pialat est venu s'intercaler entre eux et moi.
J'ai revu dernièrement
Paris nous appartient. Ce n'est plus la même chose. Aujourd'hui quand je vois un de ces films, je regarde les voitures, les objets, la façon de parler, de s'habiller de l'époque. J'éprouve encore beaucoup de plaisir, mais il est différent. Il y a de la nostalgie en plus. Nostalgie: du grec nostos / retour et algos / douleur.  J'ai un regard d'historien. J'ai trop de recul. Je suis à côté, plus dedans. J'habite toujours le 14ème mais à deux pas de la banlieue. Mes préoccupations sont différentes. Quand il m'arrive de traverser le Luxembourg, je m'aperçois que la magie ne fonctionne plus, que tous les garçons ne s'appellent pas forcément Patrick et que ça fait belle lurettes que Charlotte a quitté son Jules. Les journalistes ont déjà préparé la nécro de Pierrot-Ferdinand. Mais tout de même ... quel souffle ces jeunes bobos d'il y a cinquante ans ont su amener au cinéma français... Je crois qu'il n'en reste pas grand chose. Leur influence n'a pas toujours été très bonne, on a cru que le cinéma était chose facile ... erreur fatale. Le cinéma n'existe plus aujourd'hui.
Par Eric PETIT
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Mardi 14 juillet 2009
une semaine de cinéma (4)

Lu,

Jacques Audiard, réalisateur palmé, interviewé par Technikart.
- au sujet du numérique:
"Mais je n'ai pas encore lu des gens qui auraient réfléchi à l'essence de ce que l'on appelle encore "cinéma" par défaut du lexique. Avant l'irruption du numérique, le cinéma était la garantie du réel, la garantie que ce qui était sur la pellicule avait existé. Maintenant, ce n'est plus le cas. Donc, au sens strict, le cinéma n'existe plus."
- au sujet de la sortie de "2001, odyssée de l'espace" en Blu-ray et du très mauvais rendu des images:
"C'est que les mecs qui ont fait les Blu-ray n'ont rien compris à l'enjeu de Kubrick. Ce devait être des fétichistes de la technologie. Il faudrait les crucifier, ah ah ah !"
- au sujet de la Cinémathèque:
"C'est pareil pour ma pratique de la Cinémathèque. Pour moi, c'était l'extension des salles de quartier, pas un musée ..."

Chiné,
à la brocante cinéma organisée dans le cadre du Paris Cinéma Festival.
J'y ai vu la première caméra super8 que j'ai possédée, achetée d'occase à un pasteur américain quand j'avais 14 ans. Vue aussi la mythique Eclair 16, la caméra conçue par André Coutant en 1960. Un appareil qui a joué un rôle très important dans la façon de filmer. La Nouvelle Vague l'a beaucoup utilisée puis la télévision. Le pilotage par quartz permettait une parfaite synchronisation du son. J'imagine que Maurice Pialat a tourné "La maison des bois" avec ce magnifique engin. J'ai eu la chance d'avoir à veiller sur elle sur le tournage d'un court-métrage pour lequel j'étais assistant-cadreur. Quand on lui enlevait le magasin qui contenait la pellicule, on avait l'impression qu'il ne restait plus rien. Toute maigre, tou te malade.
Comparée aux petits bijoux techno-numériques d'aujourd'hui, la Coutant nous parait un drôle objet venu de la nuit des temps.












          
Jubilé,
en découvrant "J'ai engagé un tueur" d' Aki Kaurismäki sur grand écran.
Je m'étais toujours interdit de voir ce film lors de ces différentes diffusion à la télé, en attendant l'occasion de le voir en salle. Ma patience a été récompensée. Film drôle et émouvant. Avec peu de dialogues.
Jean-Pierre Léaud (qui était à l'honneur au Festival Paris Cinéma) est un prodigieux acteur comique.
On y retrouve le grand Joe Strummer, l'inégalé Serge Reggiani. Tous les deux morts au champ d'honneur.
Oui, je sais, c'est un vieux film, 1990. Je suis vite aller à la médiathèque me prendre un bouquin sur ce cinéaste finlandais (ou finnois, je n'ai jamais su comment il fallait dire). Je vais découvrir. C'est ma prochaine exploration, ma nouvelle découverte.

Aperçu,
de la pub pour le film de Tarantino dans une gare parisienne.
Pas sûr d'avoir envie de le voir. Trop entendu parlé. Ce film a existé bien avant qu'il soit tourné. Le buzz a commencé beaucoup trop tôt. Scénario en ligne avant tournage, rumeurs sur les interprètes, bandes annonces, extraits ...  Les films ont tendance à vivre de plus en plus longtemps avant d'exister. Par contre leur vie en salle est de plus en plus courte. Paradoxe du marketing.






Vus,
de drôles d'objets dans un hall de cinéma.
Des espèces de boîtes rondes métalliques empilées et étiquetées.
Je demande à la caissière. Elle me dit "mais monsieur, ce sont des films".
Je me suis souvenu de ce que disait Truffaut au sujet des cinéastes qui n'étaient pas assez costauds pour porter leurs films dans les bras... Dire que toute l'oeuvre complète de Pialat (courts-métrages et films télé compris ) ne prend que 18 centimètres de largeur sur mes étagères. J'ai mesuré avec une règle d'écolier.
 


















une semaine de cinéma (1)
une semaine de cinéma (3)
une semaine de cinéma (2)

 
Par Eric PETIT
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