un cinéma à renouveler

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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 21:27

Vu sur le site Le Monde.fr, un très intéressant « webdocumentaire ». Il nous entraîne dans un voyage interactif dans les mines de charbon chinoises au fin fond de la province du Shanxi. Le processus, qui n’est pas sans rappeler l’expérience d’Arte, Gaza-Sderot, permet à l’internaute de jouer au reporter-photographe-vidéaste en choisissant son itinéraire et ainsi d’avoir l’illusion de mener sa propre enquête. Au gré des pérégrinations, on pénètre dans un univers d’insécurité et d’extrême pauvreté. La réalité chinoise.
Ce « webdocumentaire » mêle texte, photos, vidéos. Tout est réel. Sauf peut-être quelques voix ajoutées en post-production. Ce n’est ni de la télé, ni du cinéma, ni de la presse on-line. C’est de l’Internet pur et intelligent. Arnaud Dressen, Samuel Bollendorff et Abel Ségrétin, qui sont à l’initiative du projet, racontent que ce travail a été effectué « après ». C'est-à-dire avec des éléments déjà existants récoltés lors d’un reportage en Chine. Leur prochain webdocumentaire sera pensé et conçu "avant". Le reportage sera effectué dans le but de réaliser un programme multimédia.

Arnaud Dressen, producteur, et Samuel Bollendorff, photographe, du webdocumentaire "Voyage au bout du charbon".

L'expérience est réussie, même si parfois elle nous fait penser aux CDRom que nous pouvions découvrir dans les bibliothèques il y a dix ou quinze ans. On regarde une vidéo, on lit un texte, puis on clique pour faire apparaître des photos. A nouveau on "déclenche" un petit film de 2 minutes. Tout de suite après on nous demande quel chemin on veut prendre. On doit choisir. On a peur de louper quelque chose. Après avoir passé une bonne vingtaine de minutes à retourner le site dans tous les sens, il reste encore un doute. Est-ce que j'ai tout vu ? Est-ce que j'ai suivi le bon itinéraire ? Est-ce que mes choix étaient les plus judicieux pour progresser dans le récit ? 

Quoiqu'il en soit "Voyage au bout du charbon" nous entraîne dans un univers particulier et envoûtant tout en nous faisant réfléchir sur la vie de ces hommes et de ces femmes enfermés dans un système précaire et mortellement dangereux.

C'est sans doute dans ce genre d'expérience qu'Internet trouvera sa spécificité ... plutôt que de se contenter de colporter de pâles et maigres copies de ce qui se fait au cinéma ou à la télévision.

                                   cliquez ici  LeMonde.fr

Installez-vous confortablement. Prenez-votre temps. Attendez d'avoir le calme autour de vous et mettez-vous en plein écran.

Bon voyage...

 

Par Eric PETIT
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 23:13

En cette période de convergence forcenée et de mélange en tout genre, j’ai vécu un moment de doute intense après avoir vu deux films au cinéma à quelques jours d’intervalle.

Ai-je vu du « vrai cinéma » ou de la télé sur grand écran ?

« Home » d’Ursula Meier et « J’irai dormir à Hollywood » d’Antoine de Maximy sont deux films joyeusement angoissants et pessimistes.
Dans la première histoire, une famille s’accroche à son lieu de vie, sa maison. Dans le second film, on suit Antoine de Maximy, sorte de coucou tombé du nid (en parachute) à la recherche d’un hébergement éphémère tout au long de sa traversée d’Est en Ouest des Etats-Unis.

Durant toute la projection, « Home » m'a fait penser à un téléfilm et j’ai imaginé ce que chaque scène aurait donné si elle avait été conçue pour le petit écran. J’ai eu la forte (et sans doute fausse) impression que cette histoire n’avait pas été écrite pour le cinéma. Ou bien, peut-être que deux scénarii ont été écrit avec deux options alternatives en fonction du mode de financement du film mais surtout de sa diffusion. C’est totalement gratuit de ma part, je sais. Mais cette obsession ne m’a pas quitté du film. La dernière scène, quand Isabelle Huppert défonce les parpaings à coups de masse, m’a conforté dans l'idée.

Je suis persuadé qu’il n’existe pas de hiérarchie film-ciné, film-télé. Chaque genre à son médium. Il faut juste ne pas se tromper d’endroit. Et avouons que cette histoire de famille est très télévisuelle...

Le décor, le choix des acteurs lui donnent une illusion de cinéma. (Olivier Gourmet et Isabelle Huppert sont magnifiques. Ce sont de très grands acteurs).

La maison, et surtout son emplacement font partie de la dramaturgie mails ils ne sont pas le sujet du film. Les relations entre les membres de la famille sont le véritable sujet. Ces relations sont indirectes et passent par le lien que chacun entretient avec le lieu, avec la maison.

Le même récit aurait très bien pu fonctionner avec un objet commun. Une voiture par exemple. Ou même une personne étrangère à la famille mais ayant une relation forte avec chaque membre individuellement.

Mais est-ce bien nécessaire aujourd’hui de définir si un film est du « vrai cinéma » ou de la télévision en écran large ? Sans doute plus.

Il y a un peu d’émotion dans cette histoire. Tout de même, je me demande encore pourquoi j’ai eu ce doute tout au long de la projection.

En revanche, je sais bien pourquoi j’ai eu le même questionnement en voyant « J’irai dormir à Hollywood ». Antoine de Maximy s’est fait connaître du public avec son émission de télévision « J’irai dormir chez vous ».
Pour ceux qui ne connaissent pas, il faut raconter que cet aventurier-documentariste parcourt la planète seul à la rencontre des autochtones. Un dispositif de petites caméras, paluches et DV (merci le numérique !), lui permet de se filmer et de capter les rencontres éphémères qu’il provoque grâce à son sourire et à la sympathie naturelle qu’il dégage. Le prétexte est simple, il lui faut trouver un lit pour la nuit. Contrairement aux personnages de « Home », qui ne sont pas chez eux dans leur propre maison, Antoine de Maximy est SDF là où il voyage. Ce principe aurait pu faire « tourner » l’idée en simple émission de télé réalité. Il n’en est rien. Maximy nous offre de véritables documentaires de 26 minutes, durant lesquels on devine assez bien à quoi ressemble le pays dans lequel il se trouve. Ces dernières années, c’est le seul moment de télévision que j’ai attendu avec impatience.

"J’irai dormir à Hollywood" est un film tourné pour le cinéma. Seules différences avec les films diffusés à la télévision, il dure 1h40 et se passe dans un seul pays, les Etat-Unis. C’est une sorte de road-movie tourné en DVHD. (la même petite caméra que la mienne !) Même question que pour « Home ». Ce film est-il du cinéma ou n’est-il qu’une émission adaptée au grand écran ? …. Beaucoup de mal à répondre ...

Tout de même, il y a une légère déception. J’aurais bien voulu être surpris. J’attendais quelque chose de plus. J'ai juste éprouvé le même plaisir qu’à la télé.

… un peu plus d’émotion … voilà ce qui a fait défaut. Le cinéma n’est-il pas le média de l’émotion par excellence ? On aurait aimé que le réalisateur aille un peu plus loin, un peu plus profond. Qu’il y ait peut-être moins de séquences, mai qu’elles durent plus longtemps, qu’on en sache un tout petit peu plus sur les gens. Evidemment, on ne demande pas à Maximy de faire du « strip-tease », du Depardon ou du Cavalier. On sait que son postulat est de filmer les moments privilégiés que sont les rencontres, certes l'idée est singulière, mai qu'Antoine dépasse la sympathie que l’on éprouve pour lui, qu’il nous montre un peu d'impudeur, diantre ! Qu’il s’expose plus, en allant un plus loin dans l’échange. Le cinéma est fait pour ça. On a le temps, ici. On est venu pour ça. On est captif, dans le noir. On ne va pas bouger, pas se sauver. Profitez-en Monsieur Antoine !

Dans « J’irai dormir à Hollywood », les séquence s’enchaînent très rapidement. On surfe d’un personnage à l’autre. Ce rythme convient à la télévision. Il est frustrant au cinéma.

Antoine de Maximy est éminemment sympathique, mais on devine qu’il a d'autres qualités pour ne pas rester à la surface des choses. Son film expose un visage terrifiant des Etats-Unis. La séquence du bus, qui nous montre une altercation entre un black et une hispanique, est emblématique  et démontre  la prééminence de la question raciale dans ce pays. Et c’est comme cela tout au long du film. « - Tu danses avec nous parce que tu es juif ? - Non, juste parce que j’ai envie de danser. » On se souvient alors des jeunes australiens blancs ne voulant pas se mélanger avec les aborigènes. .. .

Et pourtant, on rit beaucoup pendant le film, comme pendant « La Vie moderne » de Depardon. On rit. On ne se moque pas. On a du plaisir à voir le malheur des autres. C’est humain. On n’est coupable de rien d’autre.

« J’irai dormir à Hollywood » est un film qu’il faut voir et que l’on a envie de défendre (en a-t-il besoin ?). Toutes les séquences que nous gardons en mémoire sont de magnifiques promesses….et nous laissent un peu sur notre faim.
Monsieur Antoine, reposez-vous bien. Vous m’avez paru un peu épuisé l’autre soir. Mais repartez-vite, on vous attend, on attend encore plus de vous !!!

P.S: Vous voyez, comme je vous ai promis, je n’ai pas raconté la fin du film …

Par Eric PETIT
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 13:50
Par Eric PETIT
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Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 10:49
Par Eric PETIT
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /Nov /2008 20:30
Où l'on apprend que la rencontre entre un comédien de théâtre allemand et un acteur américain, tout juste sorti d'Apocalypse Now, fut explosive ...
Par Eric PETIT
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 13:55

Le très honorable IDATE (Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe) vient de publier une étude sur les perspectives de la TMP, la télévision mobile personnelle.
On projette 4,4 milliards d'abonnés mobiles à l'horizon 2011 dans le monde et une explosion du haut débit mobile. 
A l'ère de la mobilité, cela semble logique.  Au Japon et en Corée du Sud la gratuité a suscité l'engouement des foules. Mais l'avenir est-il aussi rose en Europe ?
L'IDATE se pose des questions sur les enjeux financiers  pour les opérateurs, pour les équipementiers et les chaînes de TV.  Ce sont des questions économiques et technologiques.
Aujourd'hui les offres commencent à fleurir et les partisans du payant et du gratuit s'affrontent.  Les tarifs ne seront-ils pas rédhibitoires ou la publicité pourra-t-elle financer la TMP toute seule?
Chacun est-il bien à sa place ? Opérateurs et producteurs de contenus vont-ils se contenter de leur rôle respectif ? Vont-ils rester de pure-player ? Ne vont-ils pas mélanger les genres ?
Moi, je me demande un peu quand même ce qu'on va y voir sur ces petits écrans baladeurs et est-ce qu'on va y voir quelque chose ? Est-ce que ce n'est pas  justement les contenus qui risquent de faire le succès ou l'insuccès du système ? On crée des modèles économiques, on fait de savantes études pour savoir si tout cela sera bien rentable ou générateur de profit, mais on ne se préoccupe pas de savoir comment on va capturer les téléspectateurs mobiles.... Avant d'imaginer un modèle économique, n'est-il pas préférable de travailler sur le contenu ? On ne construit pas une usine sans savoir ce qu'on va y fabriquer ?
Plutôt que d'imaginer le recyclage de ce qui se fait déjà sur les chaînes de télé traditionnelles, ne serait-il pas intéressant de profiter de cette avancée technologique pour réfléchir à la création de programmes originaux et adaptés aux nouveaux modes de visionnage ?
                                                      


La semaine prochaine a lieu le second
Festival Européen des 4 Ecrans. Cette Manifestation de 3 jours est l'occasion de confronter ce qui se fait sur les différents écrans existants: cinéma, TV, ordinateur et téléphone mobile. Le sujet de la TMP y sera sans doute abordé. J'y serai. Je vous dirai.


  

Par Eric PETIT
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 19:45

Le 17 octobre dernier, Wim Wenders et Dennis Hoper sont venus à la Cinémathèque de Paris, commenter la projection de "L'ami américain", dans le cadre de la rétrospective consacrée au réalisateur de "Easy rider". Wenders a tourné "L'ami américain" en 1977. Aux cotés de Dennis Hopper et Bruno Ganz, nous retrouvons d'autres amis cinéastes venus faire l'acteur: Nicholas Ray, Samuel Fuller, Gérard Blain, Jean Eustache et Barbet Shroeder.
Voici en guide d'apéritif, l'introduction de la petite vidéo que j'ai ramenée de la soirée. La suite en feuilleton ...très bientôt.
Par Eric PETIT
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /Oct /2008 21:19

J'ai vu hier soir les paysans de Depardon. "La vie moderne"
En premier lieu, évacuons les gros mots... "Magnifique! Émouvant ! Belles images !!" etc ...
Ce matin je pense encore à ces morceaux d'histoires n'en racontant qu'une seule. Celle d'un homme de 66 ans, un cinéaste qui se pose des questions sur sa propre vie, son propre parcours.
Si le film repose sur la parole d'une quinzaine d'agriculteurs, le récit se déroule à la première personne.
Raymond Depardon impose sa présence avec sa voix calme et légère. Tout passe par le hors champ.
Il y a un moment très impressionnant où la vieille dame en blouse, assise à coté de son mari à la table de cuisine, s'adresse à une personne présente non loin de la caméra (Claudine Nougaret, la preneuse de son et compagne du réalisateur) pour lui suggérer discrètement de boire son café avant qu'il ne refroidisse.
Dans le même plan séquence, Depardon qui est présent à l'image , se lève (on l'aperçoit  à peine, de dos, en amorce), repasse derrière la caméra et recadre un minimum. C'est fluide, c'est léger. On jubile.
Léger. C'est le mot qui me vient à l'esprit quand je pense à ce film.
Un sujet lourd et pesant: la fin d'un monde, la fin de plusieurs vies, et pourtant rien n'est pesant.
On rit beaucoup à écouter ces paysans et on est parfois géné par son propre rire, même s'il n' y a ici aucun manque de respect.
Pourtant, durant la projection, un spectateur a mal interprété les rires, semble-t-il. Il est parti en cours de film en lançant un: "quel con !" à son voisin. Est-il paysan, fils de paysan ? Drôle d'incident. J'aurais voulu en savoir plus sur cet homme ... pourquoi nos rires l'ont choqué ...
Peu importe, que l'on soit dans la fiction ou dans le réel, le besoin d'histoire reste le même. Qu'il s'agisse d'un acteur jouant un personnage ou d'une "vraie personne" jouant le rôle de sa vie, un lien, le plus souvent indéfini, flou et impalpable, nous relie à son histoire. L'émotion est contenue dans cet espace latent et virtuel qui sépare notre propre vie, notre conscience personnelle et l'image que nous renvoie le personnage.

Il m'arrive de temps à autre de filmer des gens dans la rue, dans des bureaux, sur leur lieu de travail ou chez eux, de les faire parler. Je ressens souvent un besoin fort de raconter et se montrer. Sans la moindre parcelle d'exhibitionnisme. Si la parole n'est pas toujours précise et les sujets abordés, juste des prétextes, le regard lui, en revanche, ne cache rien.


Par Eric PETIT
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /Oct /2008 17:13

Voilà une initiative d'Arte qui me parait vraiment intéressante. La chaîne télé adopte les codes du Net et c'est plutôt réussi. Pendant deux mois à partir du 27 octobre, une équipe de réalisation israélienne basée à Sderot, et une autre palestinienne à Gaza, livreront chaque jour un mini documentaire sur la vie d'une dizaine de personnages de ces deux villes séparées de quelques kilomètres. Soit deux films diffusés chaque jour depuis chaque ville, traduits en cinq langues, avec de multiples entrées possibles (Temps, gens, lieux ou thèmes). Ce n'est pas juste de la télé sur Internet. Il y a un de l'interactivité. 
La site s'appelle "Gaza-Sderot, la vie malgré tout". Cette série Webdocumentaire (60 × 4 min) est prévue pour n'exister que sur le Net pour le moment ... C'est l'adéquation entre la forme et le fond qui est est intéressante.
Deux mondes séparés par une frontière vivent en parallèles. Le design et l'ergonomie du site le rappellent.
Deux petites remarques spontanées, malgré tout: le format (trop) court est un peu frustrant. On aimerait bien passer un peu plus de temps avec les "personnages". Et  la partie GoogleMap ne me semble pas (aujourd'hui) nécessaire. Mais peut-être qu'avec le temps, s'avèrera-t-elle indispensable à une meilleure compréhension de la situation ?
On peut découvrir deux nouveaux films chaque et donc suivre pendant 60 jours 6 personnages de chaque côté. Un feuilleton à suivre.


 

 




Par Eric PETIT
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 20:42
En moins d’une semaine, j’ai assisté à deux célébrations à la sacro sainte Cinémathèque de Paris : la projection d’une copie neuve de « Mise à sac », un film tourné en 1967 par Alain Cavalier, à l’occasion d’une rétrospective consacrée à Pierre Lhomme (directeur de la photographie) et celle de « L’Ami américain » de Wim Wenders, en présence de ce dernier et de son acteur principal, Dennis Hopper, hôte des lieux pendant près de 3 mois. (Nous reviendrons sur cette soirée exceptionnelle très bientôt avec une vidéo exclusive).
Le mot célébration m’est venu spontanément à l’esprit puisque je lis actuellement le bouquin très intéressant d’Henri Agel, historien et théoricien du cinéma, intitulé « Un art de la célébration ». Agel nous convainc à force d’exemples pertinents que les films s’articulent le plus souvent autour de célébrations existantes pour nous raconter de belles histoires. Une célébration de l’existence, donc.
Le cinéma lui-même est une célébration, dans la conception du film (voir "Le Mépris" comme une célébration-sacrifice, ou "La Nuit américaine" comme une fête) et dans sa diffusion en tant que spectacle. Ces deux spécificités sont en péril. D’ici peu de temps, le cinéma-célébration ne sera plus qu’un produit audiovisuel comme les autres.

Pendant de nombreuses années la célébration du dimanche matin m'a fait rêver.
Que d'histoires, que d'images fabuleuses me sont venues à l'esprit ... moi, enfant... "Ceci est mon sang, buvez-en tous"...un homme qui marche sur l'eau, une mer qui s'ouvre et se referme, des jarres d'eau transformées en vin ... Ecouter ces histoires des centaines de fois en regardant les stations du chemin de croix ...Quel cinéma ! De quoi faire travailler pour longtemps l'imagination d'un enfant.
Célébration différente mais jour identique. Dimanche soir. Le film de la télé. On y voyait tout autant Melville, Sautet, Cavalier, qu'une vache promenant son prisonnier, Darry Cool au guidon d'un hilarant triporteur ou un curé en soutane en guéguerre contre un amer communiste. Belmondo, Delon servaient de passeur. De Verneuil à Godard. De Deray à Clément. Temps béni où Melville était en prime-time, où tout le monde se racontait le film, le lundi dans la cour d'école. Le cinéma en partage. Le cinéma en lien.
J'ai épprouvé beaucoup de plaisir à revoir "Mise à sac" sur grand écran ... cette histoire rocambolesque de malfrats d'occasion tentant de se mettre une ville entière dans la besace. Emmené par un Michel Constantin des grands jours, cette bande de pieds nickelés est à deux doigts de réussir son coup. Un scénario co-écrit avec Claude Sautet, une image de Pierre Lhomme et une réalisation d 'Alain Cavalier. On imagine la jubilation qu'ils ont pu ressentir en faisant ce film. Et pourtant déjà en 1967 la télévision, co-productrice, imposait ses contraintes. Lhomme nous a raconté qu'il y avait sur le tournage une armée d'électros pour faire fonctionner une forêt de projecteurs. L'histoire se déroulant, au trois-quart, de nuit, une grande quantité de lumière était nécessaire pour qu'à la diffusion, le téléspectateur puisse y voir quelque chose. Le téléspectateur du dimanche soir empêchait déjà le spectateur du samedi soir de profiter des beaux éclairages contrastés que le directeur photo aurait aimé faire..
C'était l'époque où le réalisateur et le chef opérateur allaient au labo pour s'inquiéter du tirage des copies. C'était aussi l'époque où l'on donnait des cours de chimie dans les écoles de cinéma, en lieu et en  place des cours d'informatique.

Cette soirée du 23 octobre à la cinémathèque ne fut pas seulement l'occasion de revoir un bon film des années 60, elle nous donna aussi la possibilité d'entendre Nicolas Bérard de chez Kodak dire que la demande de pellicule était en légère hausse cette année dans le monde. Et ce, grâce au cinéma. Christian Lurin, des laboratoires Eclair nous a aussi rappelé que l'inter-négatif servait aujourd'hui au tirage des copies après le travail de post-production de plus en plus essentiel. Aujourd'hui les films sont restaurés pour l'édition DVD. Peu de films sont restaurés sur pellicule. Le plus souvent pour la cinémathèque, justement. Le travail effectué pour cette soirée du 23 octobre ne fût pas une restauration de copie existante mais bien un nouvel étalonnage pour le tirage d'une copie neuve de "Mise à sac".  Peu importe, après-tout, le public, toujours aussi vieux et confit a pris du plaisir au film. Un plaisir enfantin. En sortant de la projection tout le monde se racontait des passages du film et commentait les exploits de Constantin, d'Ivernel et Le Person. Une vraie cour d'école. "Et puis t'as vu. A l'époque , ils fumaient tout le temps dans les films, même en perçant les coffres au chalumeau. A la fin, dans l'autocar, Constantin, il allume une cigarette. Personne lui dit rien."

L'autre célébration à laquelle j'ai assisté quelques jours auparavant était donc la projection de "L'ami américain" en présence de Wenders et Hopper. Une autre paire de conteurs. Une  autre oraison funèbre. Le réalisateur et  l'acteur ont commencé par égrainer la liste des collaborateurs disparus du film. Le public, un peu moins senior et beaucoup plus bobo, a écouté religieusement. Mais ça, on y reviendra un peu plus tard, quand j'aurai fini de monter les images que j'ai pu capter de mon strapontin.
Par Eric PETIT
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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /Oct /2008 16:47

Cette semaine la presse nous informe qu’ «Orange s’impose dans le cinéma ». L’opérateur télécom a effectivement annoncé qu’il lançait un bouquet  télé à 12 euros par mois axé sur le cinéma et les séries. Diantre ! Un bouquet ! Mais est-ce une fleur pour l’industrie cinématographique ? Dans un article précédent j’avais évoqué la prise de pouvoir de France Télécom sur le Festival de Deauville et l’inquiétude que cela pouvait provoquer chez les passionnés de films. Avec ce nouvel offre, il y a de quoi se faire un peu de mouron.

La préoccupation  d’Orange est assurément plus de concurrencer Canal + et de lui piquer ses clients que d’œuvrer pour la diversité et la qualité des programmes.

Xavier Couture, le représentant de l’opérateur, et ancien de Canal+  a proclamé solennellement : « ce n’est pas de la télévision, c’est plus que de la télévision ». Oui, mais ce n’est pas du cinéma, monsieur le directeur des programmes. Votre ambition est de diffuser un maximum de contenus par le biais de tous les tuyaux possibles : téléviseur, ordinateur et téléphone mobile et ainsi d’engranger 100 000 clients fin 2009. Mais il y a un problème, vous le dîtes vous-même, c’est « l’accès aux œuvres » et vous avez grand peine à trouver un accord avec le cinéma. Le souci c’est comment acheter les gens de cinéma et de savoir à quel prix ils vont lâcher.

Autre motif d’inquiétude, la programmation ne prévoit pas de séparer le cinéma des séries. Mélange des genres. Il n’est pas question de hiérarchie, bien sur. Ni de dire tel type de film est mieux, ou plus noble. Je l’ai déjà dit, un film pour grand écran ne se conçoit pas comme un film pour écran, disons, moyen. Encore moins pour écran de poche. A quoi vont ressembler les films de cinéma que seront produits pour s’adapter à toutes les tailles d’écran ? Est-ce que tous les récits peuvent s’adapter à tous les modes de diffusion à la fois ? Ne risque-t-on pas d’aller vers une confusion totale et la disparition des spécificités de chaque « contenu » ?
C’est sans doute l’histoire qui veut ça, mais j’ai peur que le cinéma soit bien mal parti.

Alors arrêtons de clamer qu’Orange s’impose dans le cinéma et rectifions en prévenant qu’Orange tente d’imposer son cinéma, ou plutôt ses contenus, comme Canal + l’a fait en d’autres temps.

  

Par Eric PETIT
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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /Oct /2008 20:58
A l'heure où son avenir semble incertain, la revue "Les Cahiers du cinéma" nous offre une grosse bouffée d'air dans son numéro d'octobre: un entretien avec Raymond Depardon et Claudine Nougaret (ingénieur du son et productrice), à l'occasion de la sortie de "La Vie moderne".
Je ne lis plus Les Cahiers très régulièrement, mais il m'arrive de l'acheter de temps à autres ou de le feuilleter en bibliothèque. Les analyses n'y sont pas toujours très convaincantes et les points de vue m'agacent souvent. En revanche les grands entretiens sont toujours passionnants. Il n'ont rien à voir avec les questionnaires journalistiques issus d'opérations de relation-presse, dans lequels les interviouvés n'ont pas le choix de leur réponse.
L'entretien de Depardon et Nougaret, mené par Jean-Michel Frodon, directeur de la rédaction des Cahiers, laisse vivre la parole des deux protagonistes. Un peu comme quand  un cinéaste laisse ses acteurs faire exister les personnages en de longs plans-séquences. Les questions sont là pour guider, recadrer légèrement. Depardon et Nougaret restent maître de leur propos.
En évoquant leur film, ils parlent tout autant de technique que de contenu (pour reprendre un terme digitalement en vogue). Et les deux approches s'entremêlent, indissociablement.
Claudine Nougaret explique amoureusement les apports du magnétophone Cantar inventé par Jean-Paul Beauviala, qui gràce à ses huit pistes numériques et son autonomie de sept heures, permet de capter et de construire un véritable son direct stéréo. Un son en cinémascope, dit-elle, de la même qualité et en phase totale avec la qualité de l'image 35 mm scope de Depardon. S'il peut y avoir 5 à 6 micros émetteurs qui équipent les gens filmés, Claudine Nougaret nous explique l'importance de la perche et de la prise de son effectuée avec ce micro. C'est cette prise-là qui donne le point de vue, c'est cette prise de son décidée, orientée par le perchman qui donne le "cadre" au son. Comme un cadreur choisit ce qu'il va filmer, la grosseur de plan, l'angle, le preneur de son fait un choix avec sa perche. Quel son, quelle voix,  quelle présence de voix  (en accord avec le cadre image choisi par le caméraman, bien-sur). Raymond Depardon regrette qu'aujourd'hui les preneurs de son ne comptent que sur les boutons de volume  de leurs appareils pour donner du relief au son. On capte du son dans sa globalité et puis on verra ça en post-production. C'est la même chose pour l'image. On éclaire suffisamment, de façon la plus neutre possible. On sculptera l'image plus tard. On parle de moins en moins de tournage et de plus en plus de captation.
On enregistre le plus de données possible pour avoir de la matière à travailler, le plus de possibilités  possible.
Le moment de création glisse du tournage à la post-production. C'est une tendance et pas encore tout à fait généralisée, heureusement.
Depardon et Nougaret nous donnent de l'espoir et nous font comprendre que le numérique est une chance extraordinaire pour l'argentique et l'analogique. Jean-pierre Beauviala, ingénieur-bidouilleur génial, créateur de technologie a mis au point la caméra Pénélope Aaton utilisé par Depardon sur "La Vie moderne". Depardon, photographe d'origine et cadreur de ses propres films, documentaires et fictions, entretient une relation particulière avec la caméra. Il suffit de voir la photo de "Monsieur Raymond" qui illustre l'entretien dans Les Cahiers... Même chose pour celle de "Madame Claudine" avec son Cantar. Yaka voir !
Le film a été tourné en 35 mm sur pellicule Kodak. Pénélope est petite maniable et autonome comme une16 mm. Elle restitue une image en scope d'une extrême qualité, supérieure au 35 mm classique, d'après Depardon. Elle utilise une largeur d'image plus grande, identique à celle inventée par Edison il y a plus de cent ans. Un plus grand nombre de perforations permet une meilleure stabilité de l'image.
Pour pouvoir projeter ensuite en analogique, sur une pellicule "normale", il faut passer par le numérique. "On combine le meilleur des deux technologies", dit Depardon. Le filmage est fait sur pellicule car il donne encore aujourd'hui de bien meilleurs résultats mais la post-production est réalisée en numérique. Cela donne une qualité d'image supérieure à celle obtenus avec une simple prise de vue numérique. Plus grande profondeur de champ, meilleur relief, vrai travail sur l'éclairage et la lumière. L'histoire est mieux servie. La technologie de pointe se plie aux exigences du récit et de l'émotion.
Raymond Depardon: " On a atteint des seuils de qualités exceptionnelles. Dans la salle du Festival de Cannes, avec son  écran immense, j'ai découvert mon image comme je ne l'avais jamais . Ca change le film: plus l'image est grande, plus elle va vite, sur un p etit écran dix secondes d'un beau plan c'est dix secondes, sur très grand écran l'impression est plus brève, j'ai d'abord cru que c'était une question de montage, mais c'est une autre façon de rentrer dans une histoire. A un moment, Marcel Privat (le personnage principal du film) a les yeux rouges, ces yeux rouges dans la salle ils font 50 centimètres, et d'un seul coup les gens ont compris que c'était la fin, l'émotion surgit, les gens sont touchés parce qu'ils l'ont vu dans les yeux de Marcel".


la bande annonce du film : La Vie moderne
Par Eric PETIT
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Samedi 4 octobre 2008 6 04 /10 /Oct /2008 12:00

En évoquant Emile Couzinet, j’ai eu l’impression d’aller  faire un petit tour dans la préhistoire du cinéma. Aujourd’hui je parle de Robert Flaherty. C’est un grand bond en arrière sur l’échelle du temps. On remonte quasiment au Big Bang, quand les films n’avaient pas encore besoin de la voix humaine pour raconter une histoire et offrir de l’émotion.

J’ai revu, il y a quelques jours Nanouk l’Esquimau (Nanook of the North). Plutôt, j’ai vu Nanouk. Je l’ai vu pour la première fois sur grand écran. La projection était accompagnée par trois musiciens qui jouaient en live.

Étonnant moment. Quel film ! Quelle puissance dans les images ! Flaherty, géographe, ethnologue et inventeur du docu-fiction. Nanouk, commande des frères Révillon, célèbres fourreurs parisiens, est tourné en 1922. C’est un documentaire mis en scène. Flaherty fait rejouer des tranches de vie quotidienne à ses « modèles ». Ce film nous fait vivre les luttes quotidiennes sur la banquise. Luttes contre le froid, contre la faim. D’autres images, plus apaisantes, nous montrent des jeux d'enfants, gais, souriants, des glissades sur la banquise, pendant que le père construit l’igloo. C’est un document exceptionnel.

Guitare, flûte, batterie et machines électroniques nous ont accompagné pendant ce voyage magnifique et terrifiant. Booster, Yann Cléry et Aidje Tafial ont livré une musique proche du free jazz, extrêmement moderne, collant aux images, les anticipant parfois sans toutefois ne jamais tenter de prendre le pas sur la narration de Flaherty. Un moment hors du temps, pendant lequel les notions de passé et de modernité ont disparu de notre esprit. En sortant du Balzac, j’aurais juste bien aimé boire un vin chaud pour me réchauffer.

Une petite anecdote. On raconte que lors des premières projections du film, on distribuait des bâtonnets glacés aux spectateurs et que ces glaces furent baptisées « esquimau ».

Ce ciné-concert était proposé par le cinéma Balzac à Paris (8ème). Cliquez sur le lien pour prendre connaissance des prochaines soirées.
   
                                                              
Robert J. Flaherty était un américain d'origine irlandaise. Il a commencé sa carrière comme explorateur, cartographe et géologue. Né avant le cinéma, en 1884, il est considéré, avec Jean Rouch, comme l'un des pères du documentaire. C'est lui qui le premier établit de véritables liens avec les personnes qu'ils filment.
Ses "modèles" sont aussi ses complices.
Nanouk ne s'appelle pas Nanouk. La femme et l'enfant que l'on voit à ses côtés dans le film, ne sont pas de sa famille. Les scènes sont jouées et répétées. Mais c'est un véritable iglloo que Nanouk construit. C'est à une vraie chasse au phoque que nous assistons. Ces artifices ont été reprochés  au réalisateur. Il fut traité de manipulateur. Le document  conserve toute sa valeur. Les instants impressionnés sur la pellicule sont de vrais moments de vie des esquimaux de 1922. Il n' y a pas tricherie. Il y a juste un peu de mise en scène. Si les huskys nous paraissent si féroces, c'est qu'ils l'étaient véritablement. Flaherty ne fait que dramatiser des moments de vérité.
En 1946, Georges Rouquier avait utilisé la même méthode pour tourner Farrebique, documentaire sur le monde paysan français.

Par Eric PETIT
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 22:11

J’ai commencé à faire des films avec mes copains, au collège, en super 8.

Plus tard j’ai pu pratiquer le 16 et le 35 mm. J’ai aussi bricolé en vidéo.

Nos premiers films étaient déjà du cinéma. Avec Manu, Luc, Edgar, Guillaume et d’autres, nous jouions à faire du cinéma. Mais nous faisions des films, assurément.

Nous étions des enfants, nous sommes passés par l’adolescence et nous avons ensuite tenté naïvement de raconter nos histoires de jeunes gens, à la fois inquiets et curieux devant l’existence qui nous attendait.

A l’origine nous n’étions que des passionnés, des amateurs, avant de flirter les uns et les autres avec le monde professionnel. Certains y ont perdu leurs rêves, leurs illusions. D’autres s’y sont juste cassés les dents, à temps.

Avant la prise de pouvoir de l’informatique, le cinéma était aussi affaire de travaux manuels. Montage, mon beau montage…

L’histoire que nous voulions raconter ne se mettait à vivre qu' après moultes tortures, coupures, collages de morceaux de pellicule. L’exercice était encore plus périlleux lorsque nous n’étions que des amateurs. Des passionnés du super 8. Nous tournions sur positif et nous montions avec l’original. Quand nous décidions de rogner un début ou une fin de plan, c’était du quasi définitif. Le raccord était fait. Pas à refaire.

Les manipulations répétées de la bande occasionnaient des détériorations (rayures, marques de doigts …) sur les images minuscules, 5,69 mm sur 4,2 mm.

Ce qui, petit à petit, m’orienta d’abord vers le plan séquence, puis vers la solution assez expérimentale du film sans montage. … ou plutôt, du tournage sans filet, dans l’ordre chronologique de l’histoire, avec une prise unique.

Le résultat était parfois intéressant mais l’exercice compliqué pour le s comédiens.

En super 8 nous tournions en muet avec un son témoin capté pendant le tournage.

Le montage terminé (sur positif et sans son), nous faisions procéder à une copie et ajouter deux pistes magnétiques. La bande son était assez pauvre puisque nous ne pouvions mixer que deux sons en même temps. Le film était projeté devant les comédiens qui se doublaient. Nous ajoutions ensuite, soit une ambiance, soit une musique.



Inutile de préciser que l’opération de « sonorisation », qui nécessitait de nombreux passages du film dans le projecteur, abîmait encore plus image.

L’arrivée du numérique a été pour nous, tripatouilleurs de pellicule, à la fois une grande promesse de liberté et un crève-cœur annonçant la fin d’un monde … un petit monde auquel nous avions l’impression d’appartenir.

Aujourd’hui je fais mes images en Digital Vidéo (DV). J’utilise encore des cassettes, un support magnétique, héritage de la vidéo analogique. 

Quand on dit « ça tourne », ce n’est pas encore tout à fait une vue de l’esprit. Il y a bien quelque chose qui tourne: la bande.

Qu’avons-nous gagné ? De l’argent, assurément. Aujourd’hui une bande de 40 (en DVcam) ou de 60 minutes (en miniDV) coûte entre 10 et 20 euros. Un chargeur super 8 de 2 minutes 40 (à 24 images/seconde) ou 3 minutes 30 (à 18 images /seconde) nous obligeait à extraire une cinquantaine de francs (7,60 euros) de notre poche.

Nous n’étions jamais certains du résultat. Le film impressionné, il nous fallait envoyer la cartouche chez Kodak et surveiller notre boîte aux lettres pendant une dizaine de jours. Une fois sur 3, l’image était surexposée ou au contraire trop sombre ou encore complètement floue. Le point faible du système de ces chargeurs et de ces petites caméras était le guidage du film, avec une sorte de presseur en plastique, et la situation coaxiale des deux bobines.

Pendant ces dix jours nous continuions à espérer, à rêver notre film, à imaginer les séquences que nous avions pourtant déjà tournées. Nous étions encore un peu dans le virtuel, l’imaginaire.
Quelle économie aujourd’hui de pouvoir visionner dans l’instant ce que nous avons tourné !…. Quelle sécurité !  Et de recommencer si nous ne sommes pas tout à fait satisfaits. Sur l’écran LCD, nous voyons (presque) exactement ce que nous verrons sur l’écran.

Si on a perdu beaucoup de magie, on a gagné terriblement en efficacité. En exactitude. Mais la cinématographie est-elle une science exacte ?

Le montage sur Avid ou autre Final Cut a renvoyé nos tables CTM, Moviola, Steenbeck dans les musées. Aujourd’hui les chutiers sont virtuels. On y trouve des images, des sons, des effets spéciaux, des transitions … On y fait son mixage, son étalonnage, son tirage de copie … Concentration maximum. Moins de dispersion, moins de temps perdu.

Sur un même écran on peut créer une infinité de pistes image, de pistes son.

On coupe, on colle, on essaie, on se trompe, on efface , on recommence. On prend des risques qui n’en sont pas.

J’ai besoin d’une ambiance de rue calme au petit matin ? Je clique …. Internet Explorer, Google. En 2 minutes 20, j’ai trouvé. Je télécharge … Hop c’est dans mon film. Je refiltre pour donner un peu de grave. Le tour est joué ! Tour de magie ou truc de prestidigitateur ?

 

Par Eric PETIT
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /Sep /2008 09:36

Emile Couzinet, cinéaste au parcours singulier, fait actuellement l'objet d'une passionnante exposition au musée de Royan, petite ville balnéaire et populaire de la cote Atlantique. Ce régional de l'étape, véritablement tombé dans les oubliettes aujourd'hui, fut sans doute l’un des inventeurs du nanar franchouillard du samedi soir, ancêtre de Max Pecas et de ses bidasseries.
Le parcours d'Emile Couzinet est unique. Il s'est toujours définit comme un industriel du cinéma. Rien de péjoratif ici. Il débute sa carrière cinématographique comme projectionniste ambulant puis devient exploitant de salles et plus tard producteur, propriétaire et directeur de studio, scénariste, dialoguiste et metteur en scène. Au départ Couzinet est un simple commerçant. Il ouvre et gère des salles dans la région bordelaise, à Saintes, à La Rochelle, à Toulouse. Le Rex de Bordeaux est certainement sa plus belle salle . Il en réalise les plans. 800 fauteuils, un "décor d'atmosphère", colonnades, balustres, loggias, sculptures à foison. et une voûte étoilée. Kitsch à souhait. "Le plus beau temple jamais élevé à la gloire du cinéma", commente un journaliste de Paris-Soir.
Car Couzinet a réalisé son rêve: tout maîtriser dans la chaîne de vie de ses films. De l'idée du film jusqu'à la vente des friandises vendues dans les salles. Un véritable homme-orchestre.
Ce Citizen Kane du Sud-Ouest dit n’avoir qu’une seule ambition d'"offrir aux travailleurs, à la ménagère, une distraction saine et facile pour le samedi soir". Si en plus ça lui rapporte beaucoup d’argent ….
Après avoir créer son réseau de salles, sa société de distribution, il construit au début des années 30, à Royan, ses premiers studios de cinéma. Son modèle est Marcel Pagnol qui, souhaitant vivre son aventure cinématographique de la façon la plus autonome possible, a édifié près d’Aubagne, une véritable cité du cinéma, à l’image de ce qui existait déjà à Hollywood. Couzinet a une admiration pour l’auteur de Marius et de Fanny. Son tout premier long-métrage s’intitulera Le club des fadas et tous les extérieurs seront tournés à Marseille. D’autre part on retrouve dans ses films un certain nombre d’acteurs ayant joué pour Pagnol. Les Raimu, Omazis, Fernandel et autres têtes d’affiche étant trop chers, Couzinet embauche les seconds couteaux qui deviennent chez lui des premiers rôles. Fernand Charpin, Alida Touffe pour Le club des fadas. Il aura bien un projet avec Raimu mais ce dernier refusera au dernier moment. 

Les bombardements alliés détruisent dans sa plus grande partie la ville de Royan en 1945 et totalement les Studios de Royan - Côte de beauté. Couzinet rebâtit alors son empire à Bordeaux où il tournera la plupart des ses films. Les plus « ambitieux » ou disons, les moins calamiteux auront pour titre: Colomba, Le don d’Adèle, Hyménée. Andorra «, « drame pyrénéen », restera 56 semaines à l’affiche. Quand on connaît la courte durée de vie des films en salles aujourd’hui, il y a de quoi rêver.



« On y rit, on ira ! »

D’autres titres de films reflètent mieux le style de prédilection de Couzinet: Trois marins dans un couvent, Ce coquin d’Anatole, Trois vieilles filles en folie, Le congrès des belles-mères, Mon curé, champion du régiment. Je vous dis … Max Pecas n’a rien inventé.

Petite anecdote sans conséquence: Sergio Leone, alors grand débutant, fut assistant d’Emile Couzinet.

Malgré l’éreintement systématique de ses films par la critique et la déplorable (mais juste) réputation de ses œuvres, il fait tourner Gaby Morlay, Robert Lamoureux, Jean Carmet et Pierre Repp dont une des dernières apparitions cinématographiques fut celle de l’inoubliable professeur d’anglais bègue des Quatre cents coups de François Truffaut. C’est d’ailleurs l’arrivée de la Nouvelle Vague qui précipite le déclin du genre cinématographique que pratique Couzinet. Le public a sans doute besoin d’autre chose …Son dernier film Cézarin joue les étroits mousquetaires, 1962 (clin d’œil au film d’un autre Bordelais, Max Linder) ne sera projeté qu’en région bordelaise.

Si aucun film d’Emile Couzinet ne restera dans les annales du cinématographe, son histoire et son parcours personnel restent uniques. Maîtriser toute la chaîne de création et de diffusion d’un film, voilà quelque chose qui a fait rêver bien des cinéastes. Beaucoup s’y sont essayés, la plupart y ont renoncé.

A cette époque pré-historique, la création cinématographique ne pouvait être qu’industrielle. L’avènement du numérique semble avoir mis à la portée de tous la possibilité d‘imaginer, de créer et de diffuser des films. En cherchant un peu, il se pourrait que l’on découvre un nouveau Couzinet en fouinant sur Dailymotion ou sur YouTube …

Un blog est consacré à Emile Couzinet. On y trouve des informations sur l'exposition et des éléments biographiques sur le cinéaste :  
      cliquez sur la photo

Par Eric PETIT
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