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Publié par Eric PETIT

Il m’arrive de temps à autres de retourner à la cinémathèque, plus pour assister à des rencontres, des débats, des conférences, voir des expos. Les films, je fais comme tout le monde, je les vois chez moi, tout seul ou en famille, sur la télé du salon, ou sur mon ordinateur quand l’écran collectif diffuse des images qui ne m’intéressent pas.

J’ai remarqué d’ailleurs que les écrans de salles de cinéma ont rapetissé au même rythme que les écrans de télévision ont maigri et grandi.

La cinémathèque, donc… bien sur ce n’est plus celle de Chaillot où j’ai dépensé bien des heures., ce lieu d’émotions et de rencontres.

Entre autres moments magiques, la conférence donnée par Orson Welles pour les étudiants en cinéma, dont j’étais. C’était à la fin de sa vie. Nous, nous en étions aux prémices d’une existence que l’on imaginait pleine de péripéties cinématographiques. Nous étions sortis du lieu gonflés à bloc, investis d’une mission divine,  tant ce vieillard sublime nous avait envoûtés. Il fallait sauver la planète film.

Monstrueusement énorme, se déplaçant très péniblement, il avait fallu le hisser sur scène à l’aide d’une chaise à porteurs provenant du musée du cinéma… un accessoire d’un film de Carné ou de Guitry … je ne sais plus .. (je n’ai jamais eu de relation encyclopédique avec la chose).

A la cinémathèque de Bercy, en 2008, on y croise ,encore quelques dinosaures, quelques monstres vivants.  Mais ils sont très vieux …

Il y a quelques semaines j’y ai croisé Raoul Coutard, l’ancien baroudeur d’Indochine devenu le maître de l’image des années 60 (dont s’inspire encore beaucoup les photographes-sangsues-suceurs de sang de la publicité aujourd’hui). C’est à lui que l’on doit A bout de souffle, Tirez sur le pianiste, Jules et Jim, Le mépris, la 317ème section, Pierrot le fou, passion … j’en oublie … exprès.

J’ai croisé un vieillard, malade, tremblant. Il a eu un mal fou à me dédicacer son livre de souvenirs, L’impériale de Van Su. Il m’a parlé de l’origine du chiffre Pi. J’avais le trac. J’aurais eu mille choses à lui dire, mille questions à lui poser. Il était si impressionnant derrière sa fragilité.

J’avais eu la même sensation de force lorsque que je l'avais frôlé sur le tournage de Passion, le film de Godard en 1981. Dans un des plus grands studios de Boulogne, le cinéaste suisse reconstituait La ronde de nuit de Rembrandt avec l’aide de son fidèle directeur photo. Une ambiance religieuse régnait sur le plateau. Coutard et ses machinos, que l’on imaginait facilement crapahutant dans les rizières du Mékong, s’affairaient en silence autour de Godard. Ca paraissait facile le cinéma. Si doux, si calme …

Aujourd’hui la cinémathèque a-t-elle une vocation d’antichambre de la mort ?

On y voit toujours (mais en moins nombreux) des étudiants en rupture d’acné et de vieux cinéphiles de gauche, le cheveux long (et gris), Libé ou Télérama dépassant d’une poche de la veste en velours élimé, vous regardant d’un regard inquisiteur par-dessus de petites lunettes posées au bout du nez.

Est-ce que c’est seulement cela qui reste au cinéma aujourd’hui ?

Malgré la froideur et le coté aseptisé des nouveaux locaux de la cinémathèque (un coté morgue peut-être), je trouve que ça sent un peu le moisi, tout de même …

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