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Publié par Eric PETIT

Emile Couzinet, cinéaste au parcours singulier, fait actuellement l'objet d'une passionnante exposition au musée de Royan, petite ville balnéaire et populaire de la cote Atlantique. Ce régional de l'étape, véritablement tombé dans les oubliettes aujourd'hui, fut sans doute l’un des inventeurs du nanar franchouillard du samedi soir, ancêtre de Max Pecas et de ses bidasseries.
Le parcours d'Emile Couzinet est unique. Il s'est toujours définit comme un industriel du cinéma. Rien de péjoratif ici. Il débute sa carrière cinématographique comme projectionniste ambulant puis devient exploitant de salles et plus tard producteur, propriétaire et directeur de studio, scénariste, dialoguiste et metteur en scène. Au départ Couzinet est un simple commerçant. Il ouvre et gère des salles dans la région bordelaise, à Saintes, à La Rochelle, à Toulouse. Le Rex de Bordeaux est certainement sa plus belle salle . Il en réalise les plans. 800 fauteuils, un "décor d'atmosphère", colonnades, balustres, loggias, sculptures à foison. et une voûte étoilée. Kitsch à souhait. "Le plus beau temple jamais élevé à la gloire du cinéma", commente un journaliste de Paris-Soir.
Car Couzinet a réalisé son rêve: tout maîtriser dans la chaîne de vie de ses films. De l'idée du film jusqu'à la vente des friandises vendues dans les salles. Un véritable homme-orchestre.
Ce Citizen Kane du Sud-Ouest dit n’avoir qu’une seule ambition d'"offrir aux travailleurs, à la ménagère, une distraction saine et facile pour le samedi soir". Si en plus ça lui rapporte beaucoup d’argent ….
Après avoir créer son réseau de salles, sa société de distribution, il construit au début des années 30, à Royan, ses premiers studios de cinéma. Son modèle est Marcel Pagnol qui, souhaitant vivre son aventure cinématographique de la façon la plus autonome possible, a édifié près d’Aubagne, une véritable cité du cinéma, à l’image de ce qui existait déjà à Hollywood. Couzinet a une admiration pour l’auteur de Marius et de Fanny. Son tout premier long-métrage s’intitulera Le club des fadas et tous les extérieurs seront tournés à Marseille. D’autre part on retrouve dans ses films un certain nombre d’acteurs ayant joué pour Pagnol. Les Raimu, Omazis, Fernandel et autres têtes d’affiche étant trop chers, Couzinet embauche les seconds couteaux qui deviennent chez lui des premiers rôles. Fernand Charpin, Alida Touffe pour Le club des fadas. Il aura bien un projet avec Raimu mais ce dernier refusera au dernier moment. 

Les bombardements alliés détruisent dans sa plus grande partie la ville de Royan en 1945 et totalement les Studios de Royan - Côte de beauté. Couzinet rebâtit alors son empire à Bordeaux où il tournera la plupart des ses films. Les plus « ambitieux » ou disons, les moins calamiteux auront pour titre: Colomba, Le don d’Adèle, Hyménée. Andorra «, « drame pyrénéen », restera 56 semaines à l’affiche. Quand on connaît la courte durée de vie des films en salles aujourd’hui, il y a de quoi rêver.



« On y rit, on ira ! »

D’autres titres de films reflètent mieux le style de prédilection de Couzinet: Trois marins dans un couvent, Ce coquin d’Anatole, Trois vieilles filles en folie, Le congrès des belles-mères, Mon curé, champion du régiment. Je vous dis … Max Pecas n’a rien inventé.

Petite anecdote sans conséquence: Sergio Leone, alors grand débutant, fut assistant d’Emile Couzinet.

Malgré l’éreintement systématique de ses films par la critique et la déplorable (mais juste) réputation de ses œuvres, il fait tourner Gaby Morlay, Robert Lamoureux, Jean Carmet et Pierre Repp dont une des dernières apparitions cinématographiques fut celle de l’inoubliable professeur d’anglais bègue des Quatre cents coups de François Truffaut. C’est d’ailleurs l’arrivée de la Nouvelle Vague qui précipite le déclin du genre cinématographique que pratique Couzinet. Le public a sans doute besoin d’autre chose …Son dernier film Cézarin joue les étroits mousquetaires, 1962 (clin d’œil au film d’un autre Bordelais, Max Linder) ne sera projeté qu’en région bordelaise.

Si aucun film d’Emile Couzinet ne restera dans les annales du cinématographe, son histoire et son parcours personnel restent uniques. Maîtriser toute la chaîne de création et de diffusion d’un film, voilà quelque chose qui a fait rêver bien des cinéastes. Beaucoup s’y sont essayés, la plupart y ont renoncé.

A cette époque pré-historique, la création cinématographique ne pouvait être qu’industrielle. L’avènement du numérique semble avoir mis à la portée de tous la possibilité d‘imaginer, de créer et de diffuser des films. En cherchant un peu, il se pourrait que l’on découvre un nouveau Couzinet en fouinant sur Dailymotion ou sur YouTube …

Un blog est consacré à Emile Couzinet. On y trouve des informations sur l'exposition et des éléments biographiques sur le cinéaste : 
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