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Publié par Eric PETIT

J’ai commencé à faire des films avec mes copains, au collège, en super 8.

Plus tard j’ai pu pratiquer le 16 et le 35 mm. J’ai aussi bricolé en vidéo.

Nos premiers films étaient déjà du cinéma. Avec Manu, Luc, Edgar, Guillaume et d’autres, nous jouions à faire du cinéma. Mais nous faisions des films, assurément.

Nous étions des enfants, nous sommes passés par l’adolescence et nous avons ensuite tenté naïvement de raconter nos histoires de jeunes gens, à la fois inquiets et curieux devant l’existence qui nous attendait.

A l’origine nous n’étions que des passionnés, des amateurs, avant de flirter les uns et les autres avec le monde professionnel. Certains y ont perdu leurs rêves, leurs illusions. D’autres s’y sont juste cassés les dents, à temps.

Avant la prise de pouvoir de l’informatique, le cinéma était aussi affaire de travaux manuels. Montage, mon beau montage…

L’histoire que nous voulions raconter ne se mettait à vivre qu' après moultes tortures, coupures, collages de morceaux de pellicule. L’exercice était encore plus périlleux lorsque nous n’étions que des amateurs. Des passionnés du super 8. Nous tournions sur positif et nous montions avec l’original. Quand nous décidions de rogner un début ou une fin de plan, c’était du quasi définitif. Le raccord était fait. Pas à refaire.

Les manipulations répétées de la bande occasionnaient des détériorations (rayures, marques de doigts …) sur les images minuscules, 5,69 mm sur 4,2 mm.

Ce qui, petit à petit, m’orienta d’abord vers le plan séquence, puis vers la solution assez expérimentale du film sans montage. … ou plutôt, du tournage sans filet, dans l’ordre chronologique de l’histoire, avec une prise unique.

Le résultat était parfois intéressant mais l’exercice compliqué pour les comédiens.

En super 8 nous tournions en muet avec un son témoin capté pendant le tournage.

Le montage terminé (sur positif et sans son), nous faisions procéder à une copie et ajouter deux pistes magnétiques. La bande son était assez pauvre puisque nous ne pouvions mixer que deux sons en même temps. Le film était projeté devant les comédiens qui se doublaient. Nous ajoutions ensuite, soit une ambiance, soit une musique.



Inutile de préciser que l’opération de « sonorisation », qui nécessitait de nombreux passages du film dans le projecteur, abîmait encore plus image.

L’arrivée du numérique a été pour nous, tripatouilleurs de pellicule, à la fois une grande promesse de liberté et un crève-cœur annonçant la fin d’un monde … un petit monde auquel nous avions l’impression d’appartenir.

Aujourd’hui je fais mes images en Digital Vidéo (DV). J’utilise encore des cassettes, un support magnétique, héritage de la vidéo analogique. 

Quand on dit « ça tourne », ce n’est pas encore tout à fait une vue de l’esprit. Il y a bien quelque chose qui tourne: la bande.

Qu’avons-nous gagné ? De l’argent, assurément. Aujourd’hui une bande de 40 (en DVcam) ou de 60 minutes (en miniDV) coûte entre 10 et 20 euros. Un chargeur super 8 de 2 minutes 40 (à 24 images/seconde) ou 3 minutes 30 (à 18 images /seconde) nous obligeait à extraire une cinquantaine de francs (7,60 euros) de notre poche.

Nous n’étions jamais certains du résultat. Le film impressionné, il nous fallait envoyer la cartouche chez Kodak et surveiller notre boîte aux lettres pendant une dizaine de jours. Une fois sur 3, l’image était surexposée ou au contraire trop sombre ou encore complètement floue. Le point faible du système de ces chargeurs et de ces petites caméras était le guidage du film, avec une sorte de presseur en plastique, et la situation coaxiale des deux bobines.

Pendant ces dix jours nous continuions à espérer, à rêver notre film, à imaginer les séquences que nous avions pourtant déjà tournées. Nous étions encore un peu dans le virtuel, l’imaginaire.
Quelle économie aujourd’hui de pouvoir visionner dans l’instant ce que nous avons tourné !…. Quelle sécurité !  Et de recommencer si nous ne sommes pas tout à fait satisfaits. Sur l’écran LCD, nous voyons (presque) exactement ce que nous verrons sur l’écran.

Si on a perdu beaucoup de magie, on a gagné terriblement en efficacité. En exactitude. Mais la cinématographie est-elle une science exacte ?

Le montage sur Avid ou autre Final Cut a renvoyé nos tables CTM, Moviola, Steenbeck dans les musées. Aujourd’hui les chutiers sont virtuels. On y trouve des images, des sons, des effets spéciaux, des transitions … On y fait son mixage, son étalonnage, son tirage de copie … Concentration maximum. Moins de dispersion, moins de temps perdu.

Sur un même écran on peut créer une infinité de pistes image, de pistes son.

On coupe, on colle, on essaie, on se trompe, on efface , on recommence. On prend des risques qui n’en sont pas.

J’ai besoin d’une ambiance de rue calme au petit matin ? Je clique …. Internet Explorer, Google. En 2 minutes 20, j’ai trouvé. Je télécharge … Hop c’est dans mon film. Je refiltre pour donner un peu de grave. Le tour est joué ! Tour de magie ou truc de prestidigitateur ?

 

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