Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Eric PETIT


J'ai vu hier soir les paysans de Depardon. "La vie moderne"
En premier lieu, évacuons les gros mots... "Magnifique! Émouvant ! Belles images !!" etc ...
Ce matin je pense encore à ces morceaux d'histoires n'en racontant qu'une seule. Celle d'un homme de 66 ans, un cinéaste qui se pose des questions sur sa propre vie, son propre parcours.
Si le film repose sur la parole d'une quinzaine d'agriculteurs, le récit se déroule à la première personne.
Raymond Depardon impose sa présence avec sa voix calme et légère. Tout passe par le hors champ.
Il y a un moment très impressionnant où la vieille dame en blouse, assise à coté de son mari à la table de cuisine, s'adresse à une personne présente non loin de la caméra (Claudine Nougaret, la preneuse de son et compagne du réalisateur) pour lui suggérer discrètement de boire son café avant qu'il ne refroidisse.
Dans le même plan séquence, Depardon qui est présent à l'image , se lève (on l'aperçoit  à peine, de dos, en amorce), repasse derrière la caméra et recadre un minimum. C'est fluide, c'est léger. On jubile.
Léger. C'est le mot qui me vient à l'esprit quand je pense à ce film.
Un sujet lourd et pesant: la fin d'un monde, la fin de plusieurs vies, et pourtant rien n'est pesant.
On rit beaucoup à écouter ces paysans et on est parfois géné par son propre rire, même s'il n' y a ici aucun manque de respect.
Pourtant, durant la projection, un spectateur a mal interprété les rires, semble-t-il. Il est parti en cours de film en lançant un: "quel con !" à son voisin. Est-il paysan, fils de paysan ? Drôle d'incident. J'aurais voulu en savoir plus sur cet homme ... pourquoi nos rires l'ont choqué ...
Peu importe, que l'on soit dans la fiction ou dans le réel, le besoin d'histoire reste le même. Qu'il s'agisse d'un acteur jouant un personnage ou d'une "vraie personne" jouant le rôle de sa vie, un lien, le plus souvent indéfini, flou et impalpable, nous relie à son histoire. L'émotion est contenue dans cet espace latent et virtuel qui sépare notre propre vie, notre conscience personnelle et l'image que nous renvoie le personnage.

Il m'arrive de temps à autre de filmer des gens dans la rue, dans des bureaux, sur leur lieu de travail ou chez eux, de les faire parler. Je ressens souvent un besoin fort de raconter et se montrer. Sans la moindre parcelle d'exhibitionnisme. Si la parole n'est pas toujours précise et les sujets abordés, juste des prétextes, le regard lui, en revanche, ne cache rien.


Commenter cet article