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Publié par Eric PETIT

En cette période de convergence forcenée et de mélange en tout genre, j’ai vécu un moment de doute intense après avoir vu deux films au cinéma à quelques jours d’intervalle.

Ai-je vu du « vrai cinéma » ou de la télé sur grand écran ?

« Home » d’Ursula Meier et « J’irai dormir à Hollywood » d’Antoine de Maximy sont deux films joyeusement angoissants et pessimistes.
Dans la première histoire, une famille s’accroche à son lieu de vie, sa maison. Dans le second film, on suit Antoine de Maximy, sorte de coucou tombé du nid (en parachute) à la recherche d’un hébergement éphémère tout au long de sa traversée d’Est en Ouest des Etats-Unis.

Durant toute la projection, « Home » m'a fait penser à un téléfilm et j’ai imaginé ce que chaque scène aurait donné si elle avait été conçue pour le petit écran. J’ai eu la forte (et sans doute fausse) impression que cette histoire n’avait pas été écrite pour le cinéma. Ou bien, peut-être que deux scénarii ont été écrit avec deux options alternatives en fonction du mode de financement du film mais surtout de sa diffusion. C’est totalement gratuit de ma part, je sais. Mais cette obsession ne m’a pas quitté du film. La dernière scène, quand Isabelle Huppert défonce les parpaings à coups de masse, m’a conforté dans l'idée.

Je suis persuadé qu’il n’existe pas de hiérarchie film-ciné, film-télé. Chaque genre à son médium. Il faut juste ne pas se tromper d’endroit. Et avouons que cette histoire de famille est très télévisuelle...

Le décor, le choix des acteurs lui donnent une illusion de cinéma. (Olivier Gourmet et Isabelle Huppert sont magnifiques. Ce sont de très grands acteurs).

La maison, et surtout son emplacement font partie de la dramaturgie mails ils ne sont pas le sujet du film. Les relations entre les membres de la famille sont le véritable sujet. Ces relations sont indirectes et passent par le lien que chacun entretient avec le lieu, avec la maison.

Le même récit aurait très bien pu fonctionner avec un objet commun. Une voiture par exemple. Ou même une personne étrangère à la famille mais ayant une relation forte avec chaque membre individuellement.

Mais est-ce bien nécessaire aujourd’hui de définir si un film est du « vrai cinéma » ou de la télévision en écran large ? Sans doute plus.

Il y a un peu d’émotion dans cette histoire. Tout de même, je me demande encore pourquoi j’ai eu ce doute tout au long de la projection.

En revanche, je sais bien pourquoi j’ai eu le même questionnement en voyant « J’irai dormir à Hollywood ». Antoine de Maximy s’est fait connaître du public avec son émission de télévision « J’irai dormir chez vous ».
Pour ceux qui ne connaissent pas, il faut raconter que cet aventurier-documentariste parcourt la planète seul à la rencontre des autochtones. Un dispositif de petites caméras, paluches et DV (merci le numérique !), lui permet de se filmer et de capter les rencontres éphémères qu’il provoque grâce à son sourire et à la sympathie naturelle qu’il dégage. Le prétexte est simple, il lui faut trouver un lit pour la nuit. Contrairement aux personnages de « Home », qui ne sont pas chez eux dans leur propre maison, Antoine de Maximy est SDF là où il voyage. Ce principe aurait pu faire « tourner » l’idée en simple émission de télé réalité. Il n’en est rien. Maximy nous offre de véritables documentaires de 26 minutes, durant lesquels on devine assez bien à quoi ressemble le pays dans lequel il se trouve. Ces dernières années, c’est le seul moment de télévision que j’ai attendu avec impatience.

"J’irai dormir à Hollywood" est un film tourné pour le cinéma. Seules différences avec les films diffusés à la télévision, il dure 1h40 et se passe dans un seul pays, les Etat-Unis. C’est une sorte de road-movie tourné en DVHD. (la même petite caméra que la mienne !) Même question que pour « Home ». Ce film est-il du cinéma ou n’est-il qu’une émission adaptée au grand écran ? …. Beaucoup de mal à répondre ...

Tout de même, il y a une légère déception. J’aurais bien voulu être surpris. J’attendais quelque chose de plus. J'ai juste éprouvé le même plaisir qu’à la télé.

… un peu plus d’émotion … voilà ce qui a fait défaut. Le cinéma n’est-il pas le média de l’émotion par excellence ? On aurait aimé que le réalisateur aille un peu plus loin, un peu plus profond. Qu’il y ait peut-être moins de séquences, mai qu’elles durent plus longtemps, qu’on en sache un tout petit peu plus sur les gens. Evidemment, on ne demande pas à Maximy de faire du « strip-tease », du Depardon ou du Cavalier. On sait que son postulat est de filmer les moments privilégiés que sont les rencontres, certes l'idée est singulière, mai qu'Antoine dépasse la sympathie que l’on éprouve pour lui, qu’il nous montre un peu d'impudeur, diantre ! Qu’il s’expose plus, en allant un plus loin dans l’échange. Le cinéma est fait pour ça. On a le temps, ici. On est venu pour ça. On est captif, dans le noir. On ne va pas bouger, pas se sauver. Profitez-en Monsieur Antoine !

Dans « J’irai dormir à Hollywood », les séquence s’enchaînent très rapidement. On surfe d’un personnage à l’autre. Ce rythme convient à la télévision. Il est frustrant au cinéma.

Antoine de Maximy est éminemment sympathique, mais on devine qu’il a d'autres qualités pour ne pas rester à la surface des choses. Son film expose un visage terrifiant des Etats-Unis. La séquence du bus, qui nous montre une altercation entre un black et une hispanique, est emblématique  et démontre  la prééminence de la question raciale dans ce pays. Et c’est comme cela tout au long du film. « - Tu danses avec nous parce que tu es juif ? - Non, juste parce que j’ai envie de danser. » On se souvient alors des jeunes australiens blancs ne voulant pas se mélanger avec les aborigènes. .. .

Et pourtant, on rit beaucoup pendant le film, comme pendant « La Vie moderne » de Depardon. On rit. On ne se moque pas. On a du plaisir à voir le malheur des autres. C’est humain. On n’est coupable de rien d’autre.

« J’irai dormir à Hollywood » est un film qu’il faut voir et que l’on a envie de défendre (en a-t-il besoin ?). Toutes les séquences que nous gardons en mémoire sont de magnifiques promesses….et nous laissent un peu sur notre faim.
Monsieur Antoine, reposez-vous bien. Vous m’avez paru un peu épuisé l’autre soir. Mais repartez-vite, on vous attend, on attend encore plus de vous !!!

P.S: Vous voyez, comme je vous ai promis, je n’ai pas raconté la fin du film …

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