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Publié par Eric PETIT

Dans un documentaire qu' Eric Rohmer a tourné en 1968 pour la Télévision scolaire, Jean Renoir rappelait que le cinéma et la photographie étaient les contemporains des charrettes à chevaux, des corsets et de l'apparat qui marquait l'existence du Paris mondain décrit par Marcel Proust. Le cinéma est une invention mécanique née au XIX ème siècle, qui a traversé triomphalement le XXème pour venir finir en douceur et sans douleur en ce début de XXI ème. Ni fleurs, ni regrets.
Ce ne sont pas les petites caméras numériques qui sont responsables de cette disparition. Même si, à l'instar du Bic qui n'a jamais fait naître le moindre écrivain, les petits camescopes ultra sophistiqués n'ont engendré de nouveaux génies du film, ils permettent à tout un chacun d'enregistrer des images et des sons de qualité aussi facilement qu'on enfile ses chaussettes le matin. Il semble donc aujourd'hui très facile et peu coûteux de raconter des histoires filmées. Ou de filmer des histoires racontables.
Le spectateur (devenu en même temps émetteur) détient une grande responsabilité dans la disparition progressive du cinéma. La véritable révolution numérique prendrait corps dans la diffusion et dans la surexposition aux images, à laquelle nous sommes confrontés. On sait que le spectateur a commencé à perdre sa virginité avec l'apparition d'un second écran: la télévision.
Sans doute, aujourd'hui, le spectateur, vit-il une véritable régression. Quelques années avant les projections des Lumière au Grand Café, Thomas Edison proposait des visionnages de films grace à son kinétoscope inventé en 1888. C'était une espèce de boîte sur laquelle on se penchait pour apercevoir des images filmées. Voilà où nous en sommes, avec Internet ... au même plaisir solitaire, au même mode de visionnage individuel. La boucle parait bouclée.

2008, un spectateur regardant "La chevauchée fantastique" sur YouTube.




Ce que nous dit Werner Herzog dans la dernière livraison de 2008 des Cahiers du Cinéma, sera très bientôt à classer au rayon des souvenirs:
" Je suis un vrai cinéphile. J'aime le cinéma. Et quand je dis que j'aime le cinéma, je veux dire que j'aime la salle, les lumières qui s'éteignent, la lumière du projecteur qui arrive par derrière, être assis au milieu d'autres personnes". Propos de dinosaure.
Je feins de ne pas comprendre le paradoxe. Plus nous avons de moyens de partage des images et moins nous les regardons ensemble. Dans le même mouvement, la profusion, l'orgie, de caméras, de moyens  techniques d'enregistrer des images qui bougent, annoncent la disparition des outils. Certains prédisent un cinéma sans caméra. J'irai plus loin en disant que nous allons vers un cinéma sans histoires. Nous serons submergés d'images sensationnelles. L'émotion et la parole vont disparaître des écrans. La dictature des images muettes, accompagnées toutefois d'une musique pléonasmique. Un retour à l'enfance du cinéma.
"La vie moderne" est le film le plus émouvant de cette année 2008. Un film de paroles fait par un homme d'images, un photographe de formation et de coeur. Un beau film, plein d'histoires, qu'il est impossible d'envisager en séparant la parole précieuse des paysans de leur visage magnifique. Un équilibre parfait entre le son et les images en scope (donc très cinématographiques) de Depardon.
Devons-nous abdiquer et nous réfugier dans la nostalgie et les souvenirs mortifaires du cinéma, à un moment où tous les moyens nous sont offerts pour raconter nos vies au travers des films ?
Le cinéma met du temps à crever. Ne le laissons pas souffrir. L'agonie n'a que trop duré. Inventons autre chose, donnons lui le coup de grace !!
2008 s'achève avec un goût de terre dans la bouche. 2009 verra renaître la lumière, digitale ou non.












2008, "être assis au milieu d'autres personnes".

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