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Publié par Eric PETIT

Le cinéma, comme la plupart des arts narratifs, trouve son intérêt principal dans la rapport qu’il entretient avec le réel. Les films de Truffaut ont pris une autre dimension à nos yeux le jour où nous avons découvert les parts d'ombre de son existence et mieux compris comment il fonctionnait dans sa relation aux autres.

« Je veux voir » est un film qui pose la question de savoir si le cinéma (et l’art par extension) peut montrer, faire voir et faire comprendre une des pires choses: un pays détruit par la guerre.

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, un couple d’artistes libanais, utilisant le cinéma, la vidéo, la photo, les arts plastiques et les installations pour s’exprimer, nous proposent un récit mêlant fiction et documentaire. Sans doute, une des voies possibles (pas nouvelle, j’en conviens) que pourrait prendre le 7ème art pour tenter de trouver son salut.

Catherine Deneuve, jouant son propre rôle, est invitée à Beyrouth à l’occasion d’une soirée organisée en son honneur. Contemplant Beyrouth du haut de son hôtel, elle demande à en voir plus. Elle ne sait peut-être pas quoi exactement, mais elle veut voir.

Guidée par un acteur libanais, Rabih Mroué, la voilà partie dans une sorte de road-movie à travers le pays en ruine.

On ne sait pas très bien si l’on est dans la fiction ou dans le réel. L’équipe qui fait le film, qui suit Deneuve et Mroué, est présente dans plusieurs séquences. Les réalisateurs, le chef opérateur, le garde du corps de l’actrice sont des personnages du film et jouent leur propre rôle.

Procédé qui est loin d’être nouveau mais qui, ici, fait écho à un passé proche, douloureux et à un présent pénible et inquiétant. La séquence au cours de laquelle Catherine Deneuve est terrorisée par le passage des avions militaires israéliens au dessus de la voiture résonne particulièrement à l’heure où Tsahal marche sur la Palestine.

Mise en abyme vertigineuse, déstabilisante à souhait.

Et comment mieux représenter le cinéma qu’à travers l'icône Deneuve ? Magnifique actrice prenant des risques, à la fois avec son image et avec sa personne.

Ce film est le dernier que j’ai vu au cinéma en 2008. Malgré son sujet sombre, il m’a donné beaucoup d’espoir pour l’année naissante. Au milieu des ruines du cinéma mourant, je veux voir des films, en 2009, encore et encore. Je veux voir.


We Could Be Heroes Just For One Day


Jusqu’au 8 mars, le Musée d’Art moderne de la ville de Paris propose une expo de

Joana Hadjithomas et Khalil Joreigedans laquelle les artistes proposent leur vision de l’histoire récente du Liban. A partir d’archives documentaires publiques ou personnelles, ils produisent de nouvelles images (films, vidéos, photographies) et construisent des récits mêlant fiction et faits d’actualité, loin des clichés spectaculaires des conflits armés.
Pour accéder à leur site, cliquer sur la photo.

 

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