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Publié par Eric PETIT

Le Centre national de la cinématographie (CNC), relayé en fanfare par la presse, vient de publier une estimation des chiffres de la fréquentation des salles pour 2008.

 

Le nombre global d’entrées est en hausse de + 6,2 %, en passant à 188,82 millions contre 177,73 pour l’année précédente. Et Ô bonheur extrême ! les films français devancent leurs homologues américains dans cette âpre bataille de chiffres. 45,7 % de parts de marché pour les Frenchies contre 44,5 % pour les Ricains. Courte victoire mais suffisante pour flatter notre ego cocardier et chauvin.

Le cinéma français a rempli les salles en 2008 (Les Echos 8 janvier 2009)

Le cinéma français devance son rival américain (Le Figaro 8 janvier 2008)

Quelle importance peut-on donner à ce constat chiffré ? Quelle légitimité a le « cinéma en salles » par rapport aux autres modes de diffusion des films ? Aujourd’hui les films sont plus souvent vus en DVD ou sur ordinateur qu’en projection publique. Il faudrait bien sur croiser les données du CNC avec d’autres statistiques. Mais les audiences privées sont difficilement quantifiables.

Si les professionnels du métier semblent se réjouir de cette bonne santé (virtuelle) du cinéma et qui plus est , de l’industrie cinématographique hexagonale, personne n’a l’air de s’inquiéter de la proposition du même CNC de réduire le délai entre la sortie des films en salles et celle en DVD.

Que vaudront alors ces chiffres de fréquentation des salles lorsque qu’il suffira d’attendre deux mois pour se précipiter à la FNAC ou dans son vidéo club pour «acquérir » un film ?

Je ne parle pas ici des téléchargements légaux ou non, qui permettent souvent d’avoir accès à une copie de piètre qualité avant même la sortie en salle.

On ne m’ôtera pas de la caboche, l’idée que la qualité des films baissera au même rythme que le niveau d’exigence des spectateurs déclinera. On ne peut rien y faire, c’est l’histoire. Le film devient un produit de consommation courante, vite ingurgité, vite oublié. On a le droit de le déplorer…
à quoi peut bien servir le cinéma ?

Deux films seulement totalisent à eux seuls 27,3 millions d’entrées. « Bienvenue chez les Chtis et « Astérix aux Jeux Olympiques ». Sans eux les chiffes auraient été catastrophiques et l’armée des films américains largement vainqueur aux points. Pas loin du KO. Dany Boon et Astérix, valeurs défensives du renouveau cinématographique de la France !!

Mais peut-on encore affirmer que les cinémas nationaux existent ? Est-il encore pertinent de différencier les films par leur origine de production, comme le font le CNC et la presse ?

Il y a aujourd’hui une intense circulation des idées, des gens, des œuvres, des styles. Tout influence tout. Rien n’était moins intéressant que de découvrir un cinéma étranger, de sentir une culture au travers d’un film. Nous sommes arrivés à un point où tous les films semblent issus de la même culture. Une culture issue et la télévision. Les cinémas nationaux n’existent plus. Les grandes villes du monde se ressemblent. On y mange les mêmes choses, on y croise les mêmes gens vêtus de la même façon. Les voitures qui sillonnent les rues sont toutes, ou presque fabriquées dans les mêmes usines. Rien ne différencie plus les rêves et les espoirs des uns et des autres. Je schématise, je vois loin, comme disait Céline. Comment voulez-vous que les films soient différents ?

Il y a quelques dizaines d’années, le Japonais Ozu plaçait sa caméra à 30 ou 40 centimètres du sol, à l’endroit où se trouve le champ de vision d'un homme accroupi pour manger ou boire le thé tandis que l'appareil de prise de vue de l’américain John Ford se positionnait à hauteur du regard du cow-boy à cheval.

Aujourd’hui Dany Boon pourrait filmer James Bond, ça n’étonnerait personne.

Autre titre aperçu dans la presse à l’occasion de la publication des chiffres du CNC.

En 2008, les dessins animés ont sauvé le cinéma. (Le Figaro 8 janvier 2008)

Effectivement, Kung Fu Panda, Horton l’éléphant, le robot Wall-E et Alex le lion de Madagascar ont une part importante de responsabilité dans le  soi-disant sauvetage du cinéma. C’est donc grâce aux enfants qu’on a évité le naufrage. Bonne nouvelle ! A nous de continuer à les amener au cinéma …

On est loin des dessins animés de Disney . La 3D a pris le pouvoir depuis longtemps. Sur les dix premiers films du box office, quatre sont des dessins animés. Le cinéma sans caméra gagne du terrain…


lire aussi: Cocorico ! Deuxième prise.

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