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Publié par Eric PETIT

On peut considérer qu’un film est mauvais. Les critiques sont là pour nous le rappeler, sans que l’on soit obligé de les croire. Dans une filmographie de cinéaste, on distingue les bons films des mauvais crus.

Une carrière de réalisateur est plus difficile à mener qu’une carrière de spectateur.

Néanmoins, je sais qu’il m’est souvent arrivé de louper des séances. Pas d’arriver en retard à la projection, non.

Je dirais plus exactement, ne pas m'être senti à la hauteur du film que je venais de voir. De ne pas avoir su trouver en moi l’énergie nécessaire à une bonne réception du film. Il y a des jours où l’on est un peu feignant, où l’on se laisse aller, sans vouloir faire d’effort. Il m’est fréquent d’être déçu, non par un film, mais juste de ne pas l’avoir aimé.

Cocteau disait: « les gens se plaignent toujours de lenteurs ou de longueurs dans une œuvre à laquelle ils assistent. Cela vient souvent de leur faiblesse d’attention aux lignes profondes (…). »

Un rendez-vous manqué, c’est forcément décevant, frustrant. Surtout quand on reconnaît avoir une part de responsabilité, si petite soit-elle, dans l’échec.
Qu’est-ce qu’un mauvais film ? Qu’est-ce qu’un mauvais spectateur ?

Parmi toutes les espèces de spectateurs, le cinéphile est un cas à part. Il existe d’ailleurs deux sortes de cinéphiles. L’encyclopédique et le sentimental.

Le premier enchaîne film sur film et possède une connaissance quasi scientifique du cinéma, de son histoire et de ceux qui le font. Le second se rappellera aussi des films qu’il a vus mais ses souvenirs seront plutôt connexes aux films.

Je suis plus proche du sentimental que de l’encyclopédique.

Je me souviens plus particulièrement de certaines séances, de la salle, de certains évènements de la journée et surtout des émotions provoquées par le film. Il m’arrive d’être incapable de raconter l’histoire d’un film tout en ayant un souvenir très fort de mes réactions.

Je serais dans l’impossibilité de faire le récit de « Beau temps mais orageux en fin de journée ». En revanche je n’ai pas oublié qu’il y a 23 ans , en sortant de la projection, j’ai déambulé de longues minutes sur le boulevard du Montparnasse en pensant très fort à mes parents.

Le film de Schoendoerffer, " Dien Bien Phu" est synonyme du plus grand fou rire que j’ai eu au cinéma. Non pas que ce film soit hilarant, bien au contraire, mais parce qu’un spectateur qui s’était probablement endormi, s’est mis à hurler, peut-être réveillé par un cauchemar, à un moment silencieux et très tendu du film. Le fou rire ne nous a pas quitté de la séance.

Je me rappelle être sorti fâché avec Godard après la projection de « Détective » dans un cinéma de Creil, au bord de l’Oise. J’étais seul dans la salle avec quelques vieux rockers bananées qui étaient venus voir leur Johnny préféré et qui s’était mis à siffler après une petite demi-heure de film. Le projectionniste avait interverti 2 bobines. Mais ce n’était pas la raison de leur mécontentement. Il n’ y avait vu que du feu. Simplement, l’image de l’idole que le film leur renvoyait n’était pas conforme à celle qu’ils attendaient. Il y avait tromperie sur la marchandise. Drôle d’ambiance. J’ai revu le film le lendemain, dans le bon ordre, dans une salle remplie de cinéphiles intellos qui se pâmaient. J’ai détesté ce film. Moi aussi j’étais déçu. Ce n’était pas mon Godard que je voyais. On est resté en froid un bon moment, lui et moi.

Bien sur, le souvenir de ma première séance de cinéma est encore très présente. C’était à Chantilly, je devais avoir autour de 5 ans … un inévitable Disney. « Mary Poppins ». Un cinéma à l’ancienne. Les Variétés n’existent plus. Un guichet, un couloir sombre pour arriver à une salle sombre. Nous étions arrivée en retard. La lampe torche de l’ouvreuse nous avait guidés. Velours rouge, rideau, un silence impressionnant. Un balcon. J’ai passé plus de temps à regarder la salle, le faisceau lumineux que le film en lui-même. L’image que j’ai en mémoire de cette femme avec son ombrelle ne provient certainement pas de cette première sortie au cinéma mais de ce que j’ai vu plus tard.

« Beau temps mais orageux en fin de journée » , « Dien Bien Pu » et «  Marie Poppins » sont-ils de bons films ? Je ne sais pas répondre. Ce que je sais ce qu’ils sont inscrits à jamais dans mes souvenirs. Pour des raisons différentes.

Pourquoi aime-t-on un film ou pourquoi n’y adhère-t-on pas ? Est-ce seulement à cause du film ? Pourquoi est-on parfois déçu en revoyant un film qu’on avait cru aimer ? Ou inversement , agréablement surpris en tombant par hasard à la télé sur un film à coté duquel on était passé ?

Qu’est-ce qu’un bon film ? Un film dont on se souvient longtemps après la séance ? Un film qui provoque de grosses émotions, qui dérange, qui fait réfléchir ? Un film qui permet d’oublier le quotidien ?

Ce qui nous lie au cinéma est bien mystérieux. 
                               Je m'appelais Ferdinand ...

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