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Publié par Eric PETIT


« T’as vu le film indien …Slumdog ? ». Cette interrogation, je l’ai entendue plusieurs fois ces dernières semaines. Le bouche à oreille fonctionne bien, les critiques sont plutôt positives, le film a reçu l’Oscar hollywoodien du meilleur film.

« Slumdog Millionnaire », le film du britannique Dany Boyle, marche bien. Car, oui, ce film est une production américano britannique réalisée par un anglais, à qui l’on doit notamment
« Sunshine » (film de science-fiction), « Tranpotting » et « Petits meurtres entre amis ». Excellents films, à mes yeux.

Dans un précédent billet, je m’étais interrogé sur l’identité nationale des films. « Slumdog Millionnaire » doit -il être considéré comme anglais ou indien ? Il se passe à Bombay, les acteurs sont indiens, il parle des préoccupations quotidiennes des habitants de Dharavi, l’immense bidonville de la capitale économique de l’Inde. Seulement, le point de vue est anglais et a l’art d’exaspérer les Indiens.

K.Hariharan, réalisateur indien, s’est exprimé cette semaine dans le journal « The Hindu ». Il ne décolère pas contre le film.

« « Slumdog Millionnaire » devrait être considéré comme l’un des plus gros fantasmes gratuits imaginés sur l’Inde au XXIème siècle. (…) Pour la majorité des spectateurs occidentaux écrasés sous le poids de la crise mondiale ce conte de fée sur la face la plus sordide de l'Inde devrait certainement servir de catharsis orgiaque".
« Slumdog » est qualifié de pornographie de la pauvreté dans la presse locale. Une émission de télévision demandait même récemment si "vendre la misère en Inde" n'était finalement pas le meilleur moyen de percer en Occident.

En Inde le film attire à peine les classes aisées urbaines anglophones dans les multiplexes. Et la version en hindi, "Slumdog Crorepati", est un flop commercial dans les petites salles des campagnes.

Les Indiens ne reconnaissent pas (ou trop ?) leur pays au passé au prisme du réalisateur anglais.

La superstar de Bollywood, Amitabh Bachchan, a également dénoncé un film révélant la "face sombre" de cette "Inde qui brille": misère, violence, mafia, drogue ou corruption.

Le titre lui-même attise la polémique. « Chiens de bidonville ». Tapeshwar Vishwakarma, le représentant d'une association du Bihar explique que les ancêtres de Dany Boyle qualifiaient déjà les habitants des bidonvilles de chiens

« Slumdog » est donc bien un film britannique.

 

Mais quels films les indiens d’aujourd’hui peuvent-ils bien proposer en échange ?
Les mièvres sucreries de Bollywood, même si elles comportent toujours un petit quelque chose d’éducatif ou de moraliste ne sont pas le reflet de l’Inde moderne mêlant en même temps la lutte pour la survie, la maîtrise de son méga-développement et la sauvegarde d’une culture et d’une histoire d’une richesse infinie.

Bollywood est aussi une usine à touristes. Chaque tour operator digne de ce nom doit absolument traîner ses clients dans un de ces faux studios de Bombay voir un faux tournage de film. Bollywood folklorique.

La portée et l’influence des films de Bollywood n’ont comme limites que la naïveté des histoires qu’ils racontent. Même si un effet de mode fait illusion en tentant de faire croire qu’il s’agit-là de l’âme de ce quasi-continent, les indiens savent bien au fond de même d’où ils viennent et quel est l’origine mystérieuse de cette force qu’il leur permet d’avoir un vrai sourire, un vrai regard en toute circonstance.

Les indiens savent bien ce que valent les films de Bollywood.

"Un film est un film. C'est pour faire rêver", dit Raju Walla, 38 ans, au seuil de son logement de fortune où s'entassent 21 personnes. Tous les rêves n’ont pas la même profondeurs.

Le premier qui me dit: « T’as vu le film indien, Slumdog ? C’est super sympa », il s’en prend une.

Revoyons les films de Satyajit Ray et "Salaam Bombay" de Mira Nair, des films indiens.


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