Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Eric PETIT

La vidéo à la demande sauvera-t-elle le cinéma ? La réponse est oui et la réponse est non. Tout dépend de ce que l’on range derrière le mot cinéma.

Il est évident que la VOD sera le facteur de développement le plus important pour le commerce lié au cinéma. Mais ce sauvetage ne pourrait être qu’un sursis. Le commerce de téléchargement ne pourra jamais rendre meilleur les films mis en vente ou en location et donc, sera néfaste à moyen et long terme pour l’industrie du cinéma.

Les dernières statistiques connues nous apprennent que le nombre de téléchargements illégaux quotidiens dépasse celui des entrées en salle. Le chiffre d’affaires des offres légales est moins impressionnant mais tend à croître. 30 à 40 millions d’euros générés en 2008.

Le cinéma est un média qui se consomme comme un autre. C’est un fait établi, une fatalité. On ne peut plus revenir en arrière.

Ce que l’on nomme la chronologie des médias est tout simplement le déroulement de la vie d’un film. Actuellement le processus est le suivant, en France:

 


 

Sortie du film en salles

                                                   DVD ............................................................................  6 mois

                                                   VOD ............................................................................  7 mois 1/2
                                                   Paiement à la séance ............................................   9 mois
                                                   TV cryptée payante .................................................. 12 mois
                                                   TV gratuite coproductrice du film .......................... 24 mois
                                                   TV gratuite ................................................................. 36 mois

 


La disparition du spectateur captif remet en cause la hiérarchie et l’ordre d’entrée en scène des modes de distribution . Les différentes parties prenantes, les éditeurs de VOD et les professions du cinéma, ont du mal à s’entendre. Les autorités amenées à réguler (CNC, ministère de la culture, parlementaires, commission Olivennes …) ne paraissent pas savoir comment gérer cette chronologie.
Les uns et les autres ont fait des propositions. Un amendement sénatorial impose que les films puissent sortir en DVD 3 à 6 mois après leur sortie en salle. Le CNC serait pour une sortie en DVD et en VOD 4 mois après la salle. Luc Besson souhaiterait que l'on puisse donner la possibilité aux internautes de visionner un film dès le week-end suivant sa sortie. L'oeuvre serait disponible "pendant 48 heures, à un tarif assez élevé, 25 à 30 euros, soit le prix pour trois personnes allant au cinéma". L'offre s'interromprait, puis reprendrait quelques semaines plus tard à un tarif inférieur. "Au bout de 6 ou 8 mois, le titre irait dans un catalogue: et moyennant 10 ou 15 euros par mois, l'internaute aurait accès à des centaines de titres". Une VOD dégressive, en quelque sorte.
Chacun y va de sa formule magique.
Cette fameuse chronologie des médias est la partie visible et sensible du processus commercial du cinéma. Celle qui touche directement le spectateur. La distribution préoccupe beaucoup de gens mais on ne parle pas beaucoup de l’économie du cinéma et encore moins des « produits » à commercialiser.

Alors oui, monsieur Marc Tessier (DG de l’éditeur de VOD Glowria), comme vous avez écrit dans un édito paru dans Le Figaro:  « la vidéo à la demande est l’avenir du cinéma ». Du commerce lié au cinéma, sans doute. Mais à court terme. Si on ne s’intéresse plus au contenu, c’est-à-dire aux films, dans dix ou quinze ans, vous n’aurez plus rien de bien passionnant à proposer à vos clients. Ce n’est pas en oeuvrant pour la disparition des salles de cinéma que vous aiderez le cinéma à survivre. On sait qu’un film conçu pour un petit écran n’a pas les mêmes propriétés, les mêmes qualités qu’un film pensé pour les salles. Le cinéma de l’émotion collective vit ses derniers moments. Les films « sensationnels » que l’on consomme en solo prennent le pouvoir. C'est le sens de l’histoire.

Commenter cet article