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Publié par Eric PETIT

Je crois bien que "Papa est en voyage d'affaires" aura la palme d'or. C'est un film de 1985 qui a déjà reçu la récompense suprême. Chaque année, parmi les films que je vois pendant la quinzaine cannoise, je décerne ma p'tite palmette à moi. Au film qui m'a le plus marqué. C'est une coutume strictement personnelle et je m'y tiens. Et donc là, ça tombe sur ce magnifique film de Kusturica. Deuxième palme d'or pour le film d'Emir le Serbe. Du jamais vu !
Je découvre ce cinéaste, j'avale ses films, je lis ses propos, je me renseigne autour.

Que je vous dise ... J'ai vécu un trou noir dans ma vie de cinéphile. Une vingtaine d'années sans voir un film, ou presque. De longues années de désintéressement total. Plus envie. Et puis un jour, le désir est revenu. Une deuxième vie de cinéma. Quel vertige ! Des territoires entiers à défricher... Vingt ans à vivre d'un coup. Me déniaiser sur Lynch, Burton, Kusturica, Cavalier, d'autres ... et d'autres à découvrir. Je suis comme les convertis, je me lance à corps et à coeur perdus. Je n'ai pas de modération, pas de limite. Tous les prétextes sont bons.
Je reviens d'un court séjour en ex-Yougoslavie. L'occasion de me plonger dans Kustu.
En deux semaines je me suis immergé dans l'histoire récente de cette région de l'Europe, de la mort de Tito à aujourd'hui. L'Europe authentique, pas celle de Bruxelles. "
Underground" a été un des éléments qui m'a le plus aidé à comprendre la guerre en Bosnie. Ce superbe film aux accents felliniens est beaucoup plus clair que tout ce que nous avions pu entendre à l'époque, des journalistes, historiens et autres "spécialistes".
Parce que je reste persuadé que le cinéma n'a aucun intérêt, seul. Ce qui nous importe, c'est cet espace flou, indéfinissable qui se glisse entre un film, une histoire, l'univers d'un cinéaste et nous-même. On n'aime pas les choses par hasard. Et le hasard est très malin ... Les films nous accompagnent, nous aident à vivre ou à survivre, à comprendre les gens, les événements.
Le hasard a fait aussi que je suis tombé tout récemment sur un petit bouquin passionnant, écrit par un homme né au moment où Kusturica tournait "
Papa est en voyage d'affaires". Gauthier Jurgensen est un passionné de cinéma. Il nous raconte sa vie au travers de quarante films qu'ils l'ont marqué.
"
J'ai grandi dans des salles obscures" est un petit exercice subtil que nous pourrions tous faire et que le docteur Orlof a fait à sa manière. Le dr Orlof tient une chronique bien sympathique sur un blog modestement intitulé: "le journal du dr Orlof". Un médecin des âmes qui a de saines préoccupations. Début avril, il nous a gratifié d'une liste de films qui ont jalonné sa vie. Avec humour il égrène, non pas les films qui lui paraissent les plus intéressants ou les mieux réalisés mais ceux qui l'ont marqué, ceux qui ont compté pour lui parce qu'ils sont arrivés à un moment précis de son existence. Promenez-vous sur son blog. Lisez le bouquin de Jurgensen. Vous verrez que la cinéphilie ne sent pas forcément la naphtaline et la mort. Ça a même fichtrement à voir avec la vie.
En attendant, je vais me servir un grand verre de slivovic pour fêter la seconde palme d'or de Kustu. Santé !

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