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Publié par Eric PETIT

Comme tout le monde je m'endors souvent devant la télé, le soir, après une grosse journée de boulot. Vendredi dernier, j'ai regardé deux films de suite, en m'assoupissant de temps à autres et en loupant quelques scènes. Finallement, l'expérience fut passionnante. J'ai fait un peu de montage, j'ai créé des ellipses. Ce n'est pas toujours facile de comprendre l'intrigue quand on a deux ou trois trous à combler, mais ça fait travailler l'imagination. L'autre soir j'ai donc enchaîné Le voyeur (Peeping Tom) de Michael Powell et La pianiste, d'un autre Michael, Haneke, l'Autrichien. Deux films, deux histoires, deux époques (1960-2001), deux styles, deux personnages joués par deux acteurs sans points communs, Carl Boem et Isabelle Huppert.
Dans le brouillard de mes somnolences, les deux films ont fini par se mélanger. J'en suis venu à imaginer la rencontre entre les deux psychopates des deux histoires. Quel choc !
D'un côté un caméraman voyeur et tueur aux prises avec un passé douloureux et traumatisant. Un père chercheur en psychiatrie qui a expérimenté sur son fils Mark (le héros du film), l'apprentissage de la peur. De l'autre une femme d'une quarantaine d'années, Erika, professeur de piano, vivant avec sa mère, subissant depuis toujours les coups de celle-ci, à la recherche d'une sexualité impossible. Deux névroses obsessionnelles qui se sont mêlées dans ma lutte contre le sommeil. Rencontre explosive ou apaisement des souffrances. Plusieurs fins possibles à cette histoire improbable. Imaginons plutôt une scène fulgurante dans laquelle Mark, le voyeur-tueur-filmeur met fin aux tourments de l'un et de l'autre, en embrochant Erika, la pianiste-masochiste avec sa caméra-baïonnette. Une séquence d'un romantisme mortel et foudroyant.
On sait aujourd'hui que Haneke a reçu une nouvelle récompense cannoise des mains d'Isabelle Huppert, la magnifique actrice de
La pianiste. Certains y verront peut-être du copinage. Nous en reparlerons quand nous aurons vu le film. Quant à Powell, on sait que Le voyeur lui a causé moultes tracas et a même failli mettre fin à sa carrière de réalisateur. Le film jugé trop violent et trop pervers, a été retiré de l'affiche une semaine après sa sortie.
En faisant quelques petites recherches biographiques, j'ai découvert que Powell racontait que son père tenait un hôtel dans la ville où j'ai grandi. Il dit aussi qu'il y a vu un film qui avait comme vedette Georges Carpentier, célèbre boxeur de l'époque. C'était d'après lui en 1920 ou 21. C'est de cette projection que serait, pour ainsi dire, parti la carrière du petit Michael. Son père voyant l'intérêt que son fils portait au cinéma, lui fit rencontrer le réalisateur du film Léonce Perret, afin de faire un bout d'essai comme comédien et ... tout aurait commencé là. Powell a certainement vu le film sur Carpentier dans cette vieille salle, aujourd'hui disparu, où j'ai assisté à ma première séance de cinéma, quelques dizaines (5, au moins) d'années plus tard. (on peut lire le billet dans lequel j'évoque ce cher et émouvant souvenir). Mais rien n'est moins sur. Personne ne peut m'empêcher d'imaginer ça. Je l'imagine tellement fort que j'en suis persuadé. Pareil pour Erika et Mark ... je suis certain que ces deux là se sont rencontrés ... entre deux de mes ronflements.

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