Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Eric PETIT

Il est convenu de dire que le cinéma, en tant qu'art, en tant que moyen d'expression par l'image, a beaucoup perdu avec l'arrivée du son et notamment du parlant. C'est convenu, certes, mais c'est loin d'être faux.
Petite leçon d'étymologie pour faire savant:
kinêma, mouvement, en grec, et, graphein, écriture, dessin ou image, toujours en grec. Car aux origines, on parlait de cinématographe.
Ecrire avec des images. Le film absolu. Captiver le public, lui raconter une histoire sans paroles, sans bavardages ... Le rêve de tout cinéaste. Le cinématographe muet a su traîner les foules, encore joyeusement naïves, dans les salles obscures appelés déjà théâtres cinématographiques. Pressentiment, mauvais augures. Le théâtre filmé allait prendre le pouvoir. Mélies, entre autres, ne s'en remettra jamais.
Le retour des films en relief peut-il avoir la même répercussion que l'apparition du parlant dans l'histoire du 7ème art ?
Faudrait-il, peut-être, se demander aussi, si la 3D peut réellement faire son trou ?
On sait que les premiers essais de cinéma stéréoscopiques datent de la fin du XXIXe. Recherche technique, expérimentation. Rien de plus. Aujourd'hui les films en relief, on les voit chez Mickey et dans les parcs d'attraction.
Phénomène de foire comme au début du cinématographe.
Dans les années 1950, une forte baisse de la fréquentation des salles a favorisé l'émergence de lunettes cartonnées avec oeil rouge et oeil bleu dans les salles de projection.  Hitchcock en tête, les auteurs les plus reconnus ont tâté du phénomène. Il fallait bien lutter contre la télévision. L'invention du cinémascope a fait revenir les spectateurs et les films en relief ont vite été rangés au rayon des curiosités.
Aujourd'hui Spielberg, Burton, Cameron, Dante semblent vouloir se lancer à leur tour dans la 3D. Il faut bien lutter contre tous ces petits écrans qui empêchent les gens de sortir de chez eux. Sauf que .... il se pourrait bien que nos télévisions, nos ordinateurs et nos consoles de jeux soient bientôt en mesure de se la jouer 3D à leur tour.  Au Japon, une chaîne diffuse une heure de programme 3D chaque jour.
Le relief a un coût, forcément. Il faut compter 20 % de plus pour une production et les exploitants font leur mauvaise tête. Qui doit payer les lunettes ? Qui va financer les nouveaux systèmes de projection ? Doit-on faire payer le spectateur plus cher encore ? On sait que pour la sortie de "Là-haut", le film de Pete Docter et Bob Peterson présenté au dernier Festival de Cannes, bon nombre de directeurs de salles ont opté pour une diffusion 2D pour ne pas augmenter leurs tarifs.
L'autre vraie question qui se pose est de savoir si la 3D peut dépasser le phénomène de foire, je veux dire, dépasser la barrière du sensationnel. Une fois l'effet de surprise passée, quelle différence peut-il y avoir entre un film en 3D et un film "plat" ? Existe-t-il une esthétique de la 3D ? Le relief peut-il autant servir l'image réelle que le cinéma d'animation ?  
Beaucoup de questions se posent encore autour du phénomène. La 3D va-t-elle sauver le cinéma ou remplacer le cinéma classique ou encore simplement compléter l'offre ? La projection 3D correspond-elle aux nouveaux modes de consommation des images actuels ? La projection en salle tend à disparaître. L'attrait pour la 3D sera-t-il assez puissant ? Impossible de répondre aujourd'hui. On sent que quelque chose fourmille. Le son et la couleur n'ont pas eu besoin de plusieurs tentatives pour s'imposer. La 3D a déjà eu le droit à plusieurs essais. Saura-t-elle le transformer, cette fois-ci ?

Russ Meyer n'a pas eu besoin de la 3D pour donner du relief à ses films ...

Commenter cet article

Cyrille 04/08/2009 20:35

Bel article, la question me turlupine aussi.

J'ai été surpris par le nombre de film d'animation qui vont sortir en 3D d'ici noël 2009.
Ceci dit, je pense que la 3D ne parviendra pas à s'imposer avant le jour où un cinéaste l'intégrera intelligemment à sa grammaire, en lui faisant véhiculer du sens et non du sensationnel.

Je suis à première vue assez sceptique envers la 3D. Je me risque à avancer naïvement que l'illusion d'espace naît déjà, même dans un film en 2D (j'admets qu'on aurait pu en dire autant du son envers le cinéma muet). Et puis finalement, la 3D, si on va dans le sens de la reproduction la plus fidèle possible au réel, n'est qu'un pas quantitatif avant le cinéma à 360° (en négligeant bien évidemment tout l'aspect financier de la chose ; mais après tout, Louis Lumière lui-même n'aurait jamais imaginé l'investissement qu'a connu le cinéma au cours du XXe siècle).

Maintenant, et c'est ce qui me paraît le plus intéressant de l'histoire, la 3D pourra enfin donner son pouvoir au 5.1. Un véritable jeu de contre-point entre image et son pourra potentiellement s'installer dans l'espace. Si le 5.1 a réussi à se démocratiser, c'est exactement pour les raisons qui accordent crédit à la 3D dans l'article (lutter contre la télévision ...etc.). Or, ses effets ont été, à mon sens, bien souvent néfastes. Prenons le fameux exemple de l'hélicoptère : l'hélicoptère traverse l'écran de long en large tandis que le son des hélices se déplace du coin avant gauche de la salle au coin arrière droit. Ce genre de mixage malheureux engendre l'effet pervers de nous arracher de l'illusion cinématographique. On se retrouve dans une salle (modelée par le bruit des hélices) et face à nous, nous un avons une surface plane. La spatialisation du son a tué la reconstitution mentale de l'espace que l'on accordait à l'image. La 3D pourra éventuellement remédier à ce genre d'incidents, non pas en les estompant, mais en les détournant, en jouant avec.

Affaire à suivre !
J'espère ne pas avoir été trop pompeux.
Sinon, l'histoire du japon qui diffuse une heure de 3D m'intrigue beaucoup, je ne serai pas contre avoir la source de l'info.

Cyrille

PS : Attention à la coquille dans l'article (cf : XXIXe siècle)