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Publié par Eric PETIT

Il y a les films et il y a le cinéma. Dans l’étouffante majorité des cas, on trouve peu de cinéma dans les films qui sortent le mercredi. On peut même penser que tous ces films n’en font qu’un. On nous raconte toujours la même histoire, et de la même façon. Les images sont toutes les mêmes d’un film à l’autre, les acteurs semblent tous sortis de la même école de comédie. Ils utilisent des intonations lockhart lunchbreakidentiques pour prononcer les mêmes phrases, de film en film. Logique, les situations sont toujours les mêmes. Monotonie. Des musiques dégoulinantes et toutes semblables, toujours aux mêmes moments. Ponctuation, surlignage. Le cinéma agonise avec les mêmes 4 ou 5 histoires, pas plus, depuis des lustres. Ce n’est pas bien grave, ça me parait même normal puisqu’entre les êtres humains, dans la vraie vie, il ne doit pas en exister beaucoup plus. Suivant les saisons, les modes et les époques, on modifie le contexte (western, S.F, policier …) ou on y ajoute de la technologie (3D), mais la forme narrative ne bouge pas d’un iota. Ceci est valable quelque soit le canal de diffusion : salle, TV, net … Peu, trop peu d’innovation. Alors forcément, on est à l’affût d’un peu de cinéma dans cette avalanche de produits certifiés conformes. Chaque minute, 24 heures de vidéos en tout genre sont mis en ligne sur YouTube. Toutes les soixante secondes, une journée suivie d’une nuit de visionnage. Dans ce tsunami à l’échelle d'un continent, il y a bien de temps à autres quelques gouttelettes de cinéma. Je ne désespère pas  tomber dessus un jour. Mini lueur d’espoir. Mais qu’est-ce que le cinéma ? Me direz-vous, ma bonne dame. Une question très personnelle , un peu trop même pour que l’on puisse y répondre en public … Quelque chose qui prend parfois, quand on ne s’y attend pas. Un moment suspendu pendant lequel des images se mettent à parler, à exprimer quelque chose d’indicible, qui bouscule, interroge et peut nous laisser KO. Un 6ème, un 7ème ou un 8ème sens qui se révèle soudain. Le  cinéma n’est pas souvent là où on l’attend. Ce n’est pas toujours dans les films que l’on trouve du cinéma (appelons-le comme ça, voulez-vous ?) … ce petit frémissement qui donne du relief à notre morne existence. Un exemple récent. En parcourant l’expo « Anonymes »(1) proposée par Le Bal, nouveau lieu culturel et parisien (juste en face du Cinéma des Cinéastes), je suis « tombé » sur un vrai moment de cinéma. Lunch break de Sharon Lockhart est un film de 80 minutes mais que l’on ne regarde pas en entier. Il s’agit d’un travelling de 10 minutes réelles tourné en 35 mm, transféré enkowalski-copie-1 numérique et dont les photogrammes ont été recopié huit fois. Cela donne un film de 80 minutes pendant lequel on vit véritablement la pause d’ouvriers américains d’un des plus grands chantiers navals du pays. Près de 6 000 ouvriers font leur break-déjeuner dans une sorte de long couloir industriel. C’est un ralenti extrême qui nous est proposé. On a dans un premier temps l’impression d’être devant une image fixe, puis petit à petit on se rend compte que la cadre change,  que l’on se rapproche des personnages et l’on se sent happé par l’image. C’est assez fascinant. C’est une tout autre temporalité … un peu comme au cinéma Il n’est pas possible de rester 80 minutes devant le film.  10 ou 15 suffisent. Autres exemples récents de moments de cinéma … au cinéma cette fois : la scène du repas des moines et du partage de la bouteille de vin dans Des hommes et des dieux, ou encore la séquence d’ouverture d' Oncle Boonmee avec le buffle marchant librement dans la jungle thaïlandaise puis rattrapé par son propriétaire. Quelques moments suspendus aussi dans les films docus, punk à souhait, de Lech Kowalski, visibles en ce moment sur grand écran à Paris (2). Un peu de cinéma de temps en temps au beau milieu de tous ces films, cela fait un bien fou. Bien-sur il faudrait être d’accord sur la définition même du mot cinéma. Chacun a sa propre perception. Mais je n’oublierai jamais que l’océan a existé bien avant que quelqu’un ne le nomme.

Vermont-av-and-Wishire-blvd-1024x718-635x635    PiotrFromTheBootFactory690

 

(1) Anonymes, l’Amérique sans nom : photographies et cinéma http://www.le-bal.fr/?p=1    parce que les Etats-Unis ne sont pas toujours ce que l’on croit …

(2) On peut voir ou revoir une grande partie du travail de Lech Kowalski actuellement à la Cinémathèque de Bercy (encore un privilège parisien) qui organise une rétrospective consacrée à ce cinéaste singulier (comme on écrivait il y a bien longtemps dans les pages des Cahiers). D’autre part Kowalski a mis en ligne sur le site Camera War une  dernière vidéo le 20 septembre. L’aventure avait commencé le 29 septembre 2008. Chaque lundi le cinéaste, anglais d’origine polonaise ayant grandi aux Etats-Unis, a posté une vidéo documentaire nommées "films-chapitres", tentant ainsi de rendre compte de l’état du monde de l’après 11 septembre, rien moins. Du documentaire passionnant … avec du cinéma dedans…  parce que les Etats-Unis ne sont pas toujours ce que l’on croit

Camera war: http://www.camerawar.tv/

Rétrospective Lech Kowalski à la Cinémathèque: http://www.cinematheque.fr/fr/projections/rendez-vous-reguliers/fiche-cycle/lech-kowalski,296.html

Le blog perso du cinéaste : http://lechkowalski.blogspot.com/

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