Jeudi 3 novembre 2011
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Quelques réflexions illustrées d’extraits vidéo en semi-vrac sur l’évolution du cinéma depuis l’explosion numérique, après
deux jours de conférences, de rencontres et autres tours de table à la cinémathèque française à Paris les 13 et 14 octobre derniers.
Le colloque était intitulé « Révolution numérique. Et si le cinéma perdait la mémoire ? ».
Beaucoup de questions, peu de réponses, mais quelques pistes.
Il semble bien, d’après les nombreux professionnels du métier présents (pour paraphraser je ne sais plus quel cinéaste
helvétique), qu’il s’agisse ici d’une évolution aussi conséquente que l’apparition du parlant dans les années 20 du siècle dernier.
Il est difficile de se débarrasser de toute nostalgie. Nous avons aimé un (le) cinéma, il nous a aidés à grandir, à vivre.
Il nous a accompagnés pendant des dizaines d’années. Il avait une forme, une esthétique bien familière qu’il est pénible de voir disparaître. Dans le même temps, l’innovation nous excite et
nous rend curieux. Composons avec ces deux sentiments et tentons de voir ce que nous allons devenir, nous, petits tripatouilleurs de pellicules et spectateurs exigeants avides de nouvelles
sensations.
Le bouleversement, car il y a assurément bouleversement, touche tous les secteurs de la cinématographie, de la fabrication
du film jusqu’à sa conservation en passant par sa diffusion.
Il y avait apparemment urgence à débattre. Reconnaissons tout de même que la population la plus concernée par le digital,
c'est-à-dire la plus jeune, était assez peu représentée lors de ces journées d’échange. On a bien pesé le contre et effleuré le pour.
Le numérique permet à beaucoup plus de gens de faire des films. On le sait. Moins coûteux, matériel moins encombrant,
équipe technique réduite à son minimum, trucages, effets spéciaux, montage à la portée de tous. Les frontières entre le « métier » et le monde amateur s’amenuisent. Ca ne plait pas à
tout le monde. Des prés carrés partent en fumée.
Un univers disparait peu à peu, une manière de penser, de travailler, d’envisager la création.
Dernièrement un jeune réalisateur n’ayant connu que le digital me parlait de l’époque du 35 mm et la qualifiait
« d’école de la rigueur ». Est-on moins consciencieux avec le numérique ou l’outil ne nous permet-il pas simplement un peu plus de relâchement ?
Fabriquer des images avec une caméra numérique est plus pratique et moins onéreux, certes. Quoique … aujourd’hui les
quelques films tournés encore en 35 mm le sont parfois avec des caméras qui ont 20 ou 30 ans d’âge qui ont les mêmes performances et les mêmes rendus. On sait qu’une caméra numérique sera
obsolète au bout d’un an, qu’elle sera remplacée par un modèle moins cher et plus performant. Peut-être plus "bugé" et moins bien mise au point. Des versions beta qui ne
seront suivies d'aucune autre.
Le tournage a perdu de son importance, on le sait aussi. La post-production a pris le pouvoir.
Une phrase entendue pendant le colloque : « Ils captent des images les plus correctes possible bien arrosées par un éclairage neutre et ils fabriquent ce que nous appelions,
nous, la lumière, sur ordinateur ». Il est vrai que ce qui sortait d’un tournage devait être plus abouti car les
moyens de corrections et de transformations étaient moins nombreux et beaucoup plus coûteux.
Lors de ces rencontres, il y eut aussi grand débat sur la texture même de l’image.
Résumons : le film numérique est froid, sans relief, sans vie. Il nous propose les mêmes images que notre téléviseur.
Ce n’est plus du cinéma, dit-on. Le grain du 35 mm, de l’image chimique, lui, donne vie et profondeur. On est dans la fiction, le rêve et l’interprétation.
Les appareils numériques tentent de se rapprocher de leurs ainés en produisant des images ressemblant le plus possible à
l’image « cinéma ». Le pari n’est pas loin d’être gagné. Mis à part les « vieux » professionnels et les plus pointilleux et pinailleurs des spectateurs (dont je fais
assurément partie), le public ne cherche pas à faire la différence et s’en contrefiche. La multitude d’écrans, qui nous impose des images de qualités très variables, nous a rendus moins
difficiles, plus perméables et tolérants à la médiocrité. Dans une seconde partie nous verrons comment les conditions de projection en salle se sont rapidement dégradées avec le
digital.
Une certitude semble acquise et met tout le monde d’accord. Le cinéma vit un moment important de son histoire. A
chacun de trouver sa place entre les partisans du « c’était mieux avant » et les convaincus du « tout commence aujourd’hui ». La position d’observateur occupée par ceux qui
ont connu le cinéma avant le numérique est à la fois stratégique et passionnante.
Voici donc 23 minutes de propos capturés à l’arrache avec ma vieille DV.
Prochain épisode : la projection et la conservation du patrimoine.
Bonjour,
Merci pour votre article qui m'a permis de me faire une idée de ce colloque que je n'ai malheureusement pas pu suivre. Je me souviens d'une anecdote rapportée par Jean-Pierre Beauviala lors d'un autre séminaire de la Cinémathèque. Expliquant le numérique à Jean-Luc Godard, celui-ci aurait rétorqué avec la faconde qu'on lui connait "Alors comme ça, les pixels sont tous habillés de la même manière..." Plus proche de moi, cette autre anecdote : Pascal 19 ans me surprend entrain de visionner sur mon ordinateur, un film de Méliès et s'exclame d'un air affolé "Il regarde un film en noir et blanc et ça parle même pas!".