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Publié par Eric PETIT

                Compo 8-35 A 1 

Cette semaine est sorti un film tourné dans sa plus grande partie avec un appareil photo : La guerre est déclarée de Valérie Donzelli. Rubber de Quentin Dupieux , filmé entièrement avec un Canon 5D, est actuellement diffusé sur Canal +.

De plus en plus de productions de films, documentaires, publicités, reportages, séries, webdocs sont désormais réalisés avec des appareils photographiques réflex. Effet de mode ou véritable révolution ?

Petit relevé d’arguments établi au fil des lectures de ces dernières semaines

Les arguments mis en avant par les convertis :

-    Grâce à un capteur beaucoup plus grand, les appareils photos offrent une meilleure définition d’image que les caméras numériques.  Le rendu est très proche de la réalité.  Ils offrent une profondeur de champ plus grande et permettent de réaliser des images quasi identiques à celles obtenues avec des caméras 35 mm.  Possibilité d’isoler un premier plan, net, par rapport au second, flou … pour faire « cinéma ».                                   rubber

-    La taille de l’appareil fait beaucoup gagner en autonomie. Cela peut permettre de travailler plus facilement « à l’arrache » quand les conditions de tournage le demandent. Pour son film tourné en partie dans les hôpitaux, Valérie Donzelli ne pouvait pas se permettre une mise en place longue avec un « plateau » lourd et devait être prête à tourner à tout moment. Le Canon 5D était donc idéal.  Ajoutons à cela une gestion des rushes plus simple grâce au stockage sur carte. « La pellicule propose des images magnifiques, mais c'est très contraignant en termes de logistique et lorsque l'on voit la qualité de certaines images des appareils photos numériques actuels et la liberté créative que ça autorise, on peut se réjouir de la progression technologique. Les chemins entre les outils tout publics et le cinéma professionnel se rapprochent de plus en plus. On a juste l'impression qu'un tournage est plus sérieux parce qu'il y a 25 personnes derrière la caméra, mais il faut se sortir cette idée de la tête   » explique Danny Boyle (Petits Meurtres entre amis , Trainspotting,  28 Jours plus tard, Slumdog Millionaire et 127 heures, film pour lequel il a multiplié les types de caméras et d’appareils photo pour les prises de vue). Quentin Dupieux (Rubber) est encore plus catégorique : « la caméra 35 mm est un objet mort. Dès qu’on veut changer une optique, il faut appeler quelqu’un ». Greg Yaitanes, qui vient de réaliser un épisode de Dr House avec un appareil photo estime que cela va révolutionner le cinéma dit housecanonindépendant.  « Les jeunes créateurs peuvent travailler et enregistrer de manière très autonome » ajoute Sébastien Devaud  le réalisateur TV de la Nouvelle star.  Et Greg Yaitanes conclut : « Cet appareil me permet de raconter des histoires que je ne pouvais pas raconter avant et ça, c’est beaucoup plus important que les obstacles techniques ».

-     L’argument financier reste très fort. Un appareil du type Canon 5D coûte entre 2 000  et 3 000 euros sans accessoires alors qu’une caméra numérique très utilisée comme la Red One, environ 20 000. Il n’y a pas photo ! Les petites productions peuvent se permettre de tourner avec plusieurs appareils sans se ruiner.

-    En bref : l’appareil photo nouvelle génération, de type HDSLR, permet de faire des images ayant une qualité proche de celles du cinéma, sans avoir besoin d’une grosse infrastructure autour, avec une énorme économie de moyens et d’argent.

 

Les sceptiques répondent :

-    Leurs arguments sont tout à la fois techniques et « philosophiques ». L’image obtenue avec un appareil photo reste de l’image vidéo, froide sans relief, figée avec des capacités chromatiques moins riches. En 35mm, il existe 8 bleus différents, huit verts et huit rouges. Une bonne caméra ou appareil photo numérique digital ne possède que 4 nuances de chacune des couleurs primaires. Avec l’appareil photo on a donc une image plus réaliste, certes, mais plus froide et moins riche. Est-ce l’idéal pour la fiction, le rêve, la poésie, bref, tout ce qui fait une grande partie de l’intérêt du cinéma ?  Le plus gros défaut, purement hitlet holywoodtechnique, relevé par les utilisateurs, réside dans la grande difficulté à faire la mise au point. Ce qui devient encore plus gênant avec une grande profondeur de champ. En effet la course de la bague sur les objectifs entre la position macro et l’infini est très courte et n’autorise pas de précision. Il existe bien-sûr des moyens pour palier à ce défaut (utilisation du zoom in, du follow focus ou du focus assist) mais là il faut utiliser un moniteur qui est souvent plus volumineux  que l’appareil lui-même. D’autre part les appareils photos sont la plupart du temps bricolés par les techniciens, par exemple pour recevoir des objectifs conçus pour le 35 mm. En regardant des photos de tournages, on s’aperçoit que l’appareil de prise de vue devient plus encombrant qu’une vraie caméra 35, surtout s’y on y ajoute pare-soleil et autre matte box.  Une bonne vieille Aaton 35 du bon docteur Beauviala posée sur l’épaule ferait sans doute mieux l’affaire... Les appareils de prises de vue deviennent de plus en plus petits. On finira même par s'en passer pour faire des images…

 

thanks Christophe L.

-     Pierre Cottereau, jeune chef opérateur (Les Fragments d’Antonin, Les Yeux bandés, Survivre avec les loups, Gamines …) juge assez sévèrement cette course à l’évolution technologique : « On est en permanence transformé en bêta-testeur. Notre expérience sert à corriger les défauts des appareils qui viennent de sortir. Il y a souvent des bugs inexplicables. Parfois entre le moment où l’on a tourné le film et celui où il sort, la caméra utilisée est devenue obsolète ».

-     Ce matériel hybride  qui tente un mélange des genres audacieux (photo, cinéma, télévision) et qui rend encore plus mince les frontières entre le monde professionnel et l’univers amateur risque d’imposer une convergence esthétique. « On observe une imprégnation de la télévision par l’esthétique de la photo et du cinéma » regrette Gérald Holubowicz, photographe (Gamma, Polaris).

Pas facile de se faire une opinion. Dans l’histoire du film, et plus particulièrement du cinéma, chaque apport technique ou technologique a influé sur la forme et le fond. Pour Danny Boyle l’apparition de ce type d’appareil est plus importante que la renaissance de la 3D. Aujourd’hui ce sont surtout les journalistes reporters d’image qui s’équipent le plus. L’ensemble des JRI de France 24 travaillent avec des Canon. Il peut y avoir là une évolution conséquente dans le traitement de l’information. Après, pour la fiction, je ne pense pas que cela puisse changer grand chose. Le gros point positif réside dans le fait de rendre plus accessible un moyen d’expression et de création. Mais qui sortira de la masse ?

 

Cédric Klapish a tourné 25 % de son prochain film (Ma part de gâteau)avec un reflex Canon.

klapish

cliquer sur la photo pour visionner une interview du réalisateur

 


   

Commenter cet article

Julien 15/06/2013 09:35

Un article complet et très intéressant. C'est très impressionnant de savoir que des séries comme Dr House peuvent être tournées avec un simple appareil photo numérique haut de gamme. Merci pour le partage :)

Paul Henri 12/09/2012 18:03


Bonjour Eric, je vous remercie pour cet article. je suis à la recherche d'informations sur le matériel vidéo pour mon blogue et pour mes futurs projets cinématographiques et votre article me
permet d'y voir plus clair. Je suis plus dans une approche indépendante, et l'accessibilité de ce genre de matériel m'intéresse fortement. Je me suis permis de publier un lien vers votre article
sur mon site.

La débâcle 13/09/2011 10:07



Didier,


Je n'ai aucune excuse d'avoir utilisé votre montage photo sans votre autorisation. Que préférez-vous, que je le retire ou que j'ajoute une référence à votre blog? J'ai hésité à l'utiliser. Je
connaissais la photo de Depardon et j'ai trouvé que ce montage illustrait parfaitement la situation. Je suis votre blog et l'apprécie beaucoup. Il est à la fois très personnel, proche du journal
intime, tout en donnant des infos précises et d'intérêt général.


Merci en tout cas pour vos précisions et votre expertise technique. Je vais revenir sur le sujet dans un projet post.



Didier Feldmann 12/09/2011 20:12



On a pas attendu les réalisateurs et chef-ops patentés du cinéma officiel, c'est à dire narratif et sur grand écran, pour réfléchir et surtout utiliser le
Canon 5D MKII !!! Avant eux et depuis longtemps, des milliers de films indépendants ont été tournés !  C'est cela l'ouverture française on en parle que lorsque le phénomène atteint, là haut,
tout là haut,  les hautes sphères de l'intelligentsia intellectuelle...Une sorte d'arrière-garde en hauteur en fait... Le Canon 5D ne brille pas par ses caractéristiques techniques ( 4:2:0 /
8 bits / H264 / 25 MBS)  mais pour le prix, il y a 3 ans  il n'avait pas son pareil  pour avoir des effets de profondeurs de champs, peu de bruit en basse lumière, un rendu 
colorimétrique attirant, des objectifs performants , un encombrement réduit pour mes auto-productions et celles de films institutionnels... A l'heure actuelle, ma réflexion et ma problématique
c'est de trouver une caméra de ce type que avec lequel on peut faire corps à la prise de vue, comme les Aaton, en fait il faudrait une Aaton A Minima mais numérique, car à force de parler
technique on oublie à quoi sert la caméra...(Pour infos, le Canon 5D est dépassé technologiquement, les indés ne jurent actuellement que par le Panasonic GH2 hacké à 50MBS ou  le Sony Nex
5N, peut être un article dans  2 ans sur ces caméras encore plus étranges que le Canon 5D  :-))) )


 


Huuuum, vous avez pris sur mon mon blog la photo du canon 5D sur la patinette que j’avais faite pour illustrer mon post
http://blognotedunvideaste.blogspot.com/2009/06/jean-luc-godard-et-le-canon-5d-mk-ii.html


Bon d’accord c’est pas une grande photo, mais bon un petit mot aurait été sympa. !!!!!


(Pour info  j’avais quand même demandé l’autorisation à JP Beauvalia pour l’usage de la photo (faite par Mr R.Depardon excusez du peu !)  de sa Mini
35 sur le porte bagage de son vélo parue en des temps immémoriaux dans des articles consacrés à Beauvalia/Godard dans les Cahiers du Cinéma ! )