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Publié par Eric PETIT

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Certains prophètes de malheur, dont je suis, je le concède, pronostiquent allègrement la mort du cinéma depuis une bonne vingtaine d’années. Mort lente, assurément.

Il se trouve qu’un cinéma en particulier a disparu bel et bien. Mort violente, sans aucun doute.

Avec à peine quinze ans d’existence, ce cinéma a disparu à l’âge de la petite enfance. Un cinéma mort-né en quelque sorte. La faute à Pol Pot et ses Khmers rouges, nous dit Davy Chou.

Son film, « Le sommeil d’or », sorti le 19 septembre dernier, nous raconte cette courte et bouleversante histoire. Il est le fils d’un des producteurs les plus en vue de cette époque riche et fulgurante.

tournageIl ne reste que quelques photos, quelques chansons sirupeuses enregistrées pour les films, quelques bobines altérées. La quasi-totalité de la pellicule a été détruite et les principaux acteurs, actrices, réalisateurs, producteurs ont disparu eux aussi. Envolés, déportés, tués …

Quelques témoins ont survécu. Certains d’entre eux sont devant la caméra de Davy Chou.

Le documentaire est instructif. (Cette phrase n’est pas anodine)

La première partie nous permet de découvrir l’ampleur des dégâts. On apprend, on écoute, on voit. Première vertu, premier devoir accompli. Beaucoup de pudeur, de très belles images des salles de projection reconverties en karaoké, restaurant ou squat.  affiche

Si dans un premier temps les propos ne nous paraissent pas toujours passionnants, le film décolle, prend son envol, gagne en légèreté dans la seconde partie. La dernière demi-heure est magnifique. Elle n’est pas sans rappeler les meilleurs moments d’Apichatpong Weerasethakul.

Un film utile, beau, rare. De la création.

« Le sommeil d’or » explique, donne à voir de belles choses, émeut avec retenu, donne à réfléchir au-delà de son simple sujet.

La séquence durant laquelle un ancien producteur célèbre, passionné, admiré, envié et, heureusement pour lui rescapé, devenu chauffeur de taxi, raconte comment il a pu petit à petit  remonter la pente de sa propre existence, dirige notre regard de spectateur vers d’autres réflexions, d’autres horizons.

C’est tout ce qu’on demande à un film … ne pas se contenter d’offrir ce que l’on attend et ce que l’on a envie de voir. Davy Chou a réussi son coup. Il nous propose de partager un peu de la souffrance de ses « personnages » et  nous transporte bien au-delà de cette histoire.

 

                                        

                                           "Les souvenirs sont là pour s'en servir"

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