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Publié par Eric PETIT

J’ai revu L’Etat des choses de Wenders au  moment où un pan entier des ruines du cinéma s’écroule avec la fermeture définitive du laboratoire GTC, institution née en 1903. Il est permis de ne pas croire au hasard. Je termine une petite vidéo sur ce triste évènement que je mettrai en ligne sur ce blog très prochainement.
The State of things date de 1982 et raconte l’interruption du tournage d’un film de science-fiction The survivors. La métaphore est encore plus facile à suivre aujourd’hui. Un groupe d’êtres humains déambule en combinaison de survie dans un  paysage post-nucléaire. Combien de temps vont-ils encore pouvoir survivre ? Certains sont déjà atteints par le mal. Un père devra même étouffer son propre fils pour lui éviter de trop grandes souffrances. Le tournage de ce remake d’une véritable série B (The most dangerous man alive) qui a lieu au Portugal est interrompu faute de pellicule. Le producteur, escroc notoire, est aux abonnés absents et ne donnera plus signe de vie jusqu’à ce que le réalisateur  parte à sa recherche aux Etats-Unis.
Si quelques musiques nous paraissent aujourd’hui un peu datées, ce film est d’une actualité brûlante.
Je n’avais vu ce film qu’une seule fois à sa sortie en salle et il m’avait enthousiasmé. Aujourd’hui je le comprends beaucoup mieux et mon euphorie s’est transformée. Je le trouve d’une  terrifiante prophétie. Oiseau noir et blanc de mauvais augure.  Au début des années 80, un certain nombre de réalisateurs évoquaient la mort du cinéma. Nous étions d’accord sans  y croire vraiment.  Cela faisait partie des discussions branchées , ça permettait de faire l’intéressant. On parlait de télévision, de vidéo… on ne connaissait pas encore le numérique. Pourtant le computer aperçu dans le film de Wenders aurait du nous mettre la puce à l’oreille.
Pour ce film Wenders avait convoqué quelques fantômes du vieux cinéma: Sam Fuller joue le rôle du directeur photo, Robert Kramer (co-auteur du scénario avec W.W) est son cadreur et Henri Alekan signe le magnifique noir et blanc du (vrai) film.  Alekan n’est autre que le directeur photo de
La Bataille du rail de Clément et La Belle et la bête de Cocteau.
L’Etat des choses est truffé de références et de clins d’œil au cinéma et c’est aussi pour cette raison qu’il a tant plu aux cinéphiles de tout poil. Certains ont vu dans ce film un règlement de compte de Wenders contre le cinéma Hollywoodien et contre Coppola lui-même. Le réalisateur allemand sortait d’une collaboration houleuse avec le cinéma américain et  l’expérience de Hammett lui avait laissé un goût amer en détruisant beaucoup de ses illusions.  
Wenders a presque improvisé ce film dans l’urgence. Après avoir découvert un gigantesque hôtel en ruine en bord de mer à Sintra à quelques encablures de Lisbonne,  en rendant visite à Raoul Ruiz sur le tournage de son film
Le Territoire, il a engagé une partie des comédiens puis est vite retourné en Allemagne pour mettre la production sur pied .  Le tournage a été court: cinq semaines.
L’image finale de L’Etat des choses montrant Patrick Bauchau (Fritz le réalisateur du film), petite caméra vidéo au poing  a fait le tour du petit monde de la cinéphilie. Elle tendait à l’époque à nous montrer l’impuissance du cinéma à se défendre contre ses agresseurs. Aujourd’hui  elle pourrait nous laisser croire que le numérique va nous aider à survivre. Après tout,  après la chute de Fritz, il me semble que la caméra continue à capter des images, non ?

lire aussi:
Les ruines s'effondrent. Fermeture de GTC.

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