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Publié par Eric PETIT

La révolution numérique doit être accompagnée d’une révolution du récit. Sommes-nous encore disposés à recevoir les histoires racontées de la même façon que celles que nos parents nous contaient lorsque nous étions enfants ?  La technologie cinématographique évolue à une vitesse vertigineuse. La structure du récit n’a pas bougé depuis Méliès. Le spectateur que nous sommes est trop fainéant, trop englué dans ses habitudes. Il accepte (et anticipe parfois) toutes les propositions spectaculaires des techniciens. Pourquoi a-t-il autant de mal à s’autoriser d’autres évolutions ? On a pu, ici même, explorer quelques nouvelles pistes, comme le web film ou l’installation artistique.  Le film perd son autonomie et doit, s’il veut survivre, trouver des complices. Qu’est-ce qu’un film, sinon une succession de plans organisée d’une façon telle que le spectateur soit conduit sur des rails ecrans.jpgjusqu’au dénouement de l’histoire ? Cette organisation est la même pour 99 % des films qui sortent en salle. Elle répond à des conventions établies à la fin du 19ème siècle, héritées sans doute de la littérature, du théâtre, du conte pour enfants, de la Bible, de la tradition orale … Avatar, sorte d’attraction disneylandienne, repose sur ces coutumes narratives séculaires.  Le cinéma doit s’inventer de nouvelles formes de récit mais peut-être aussi de nouveaux contenus, pour employer un mot très tendance et très révélateur de l’époque. On crée des tuyaux, des nouveaux modes de communication et d’expression avant même de savoir à quoi cela pourra bien servir. Après il n’y a plus qu’à faire du remplissage, à créer du trafic. Aujourd’hui l’immense majorité des créations audiovisuelles n’est que du remplissage de tuyaux. Il n’y a pas plus de nouvelles formes de récit que de nouvelles histoires proprement dites. La Nouvelle vague, dernière petite révolution qu’a connue le cinéma, avait profité d’innovations techniques pour raconter de nouvelles histoires, proposer de nouveaux visages et expérimenter de nouvelles façons de raconter des histoires. Où sont les Godard et autres Truffaut  du cinéma numérique du 21ème siècle ? Le spectateur ne va-t-il pas finir par rechercher au cinéma ce qu’il trouve sur YouTube ou Dailymotion ? Ne va-t-il pas calquer son mode de consommation des films sur celui qu’il a adopté avec les autres médias ? Le cinéma comme simple composant du multitasking, à égalité avec le jeu vidéo, le téléphone portable, l’ordinateur, le magazine à feuilleter. Mélange des genres. Convergence des médias et des modes d’expression.  En voyant Avatar, nous sommes plongés dans l’univers du vidéo game. L’utilisation de plus en plus fréquente du bullet time nous renvoie à une esthétique picturale plus proche de GTA  San Andreas ou Assassins Creeds que des tableaux des grands maîtres de la peinture, source d’inspiration des « vieux » directeurs photo. Les notions de plan et de découpage tendent à disparaître. Le point de DSC01521.jpgvue du réalisateur n’existera d’ailleurs bientôt plus puisque nous serons en immersion dans le film avec la 3D, l’hologramme et la motion capture. On ne tournera plus de films, on fera des captations que l’on retravaillera sur ordinateur.  [Pourquoi n’ai-je pas écrit cette phrase au présent ? …]

La vraie révolution technologique n’est pas dans la 3D mais bien plus dans la motion capture et l’immersion du spectateur dans l’histoire. Mais tout cela passe aussi par l’abandon des structures classiques du récit et l’invention d’un nouveau mode de narration. Il reste à inventer. Sinon nous risquons de rester dans le catalogue d’effets spéciaux. Ce nouveau mode d’expression est sans doute à mi-chemin entre le jeu vidéo et Homère, Rabelais, Diderot et Céline.



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