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Publié par Eric PETIT

piedNuméricâble n’aime pas le cinéma parce que Numéricâble n’aime pas les gens qui aiment le cinéma. Moi, j’aime beaucoup le cinéma et j’aime bien Numéricâble dont je suis client depuis des lustres (bien avant même que cette vénérable société ne porte ce nom préfabriqué – j’ai connu Noos et même la Lyonnaise de câble … c’est dire monsieur Toledano* que je suis bien plus expérimenté que vous [smiley réglementaire]).

Si j’accepte le très facebookien, et néanmoins stupide, apophtegme « les amis de mes amis sont mes amis », je me retrouve éperdument désemparé.

Je reçois ces jours-ci une lettre de mon opérateur « triple play » préféré. Sur le recto du pli, là où il y a l’adresse, un mot magique est écrit en caractères gras : « Tournez … ». (Avec les trois points céliniens)

Je comprends rapidement (car j’ai l’esprit vif) qu’il ne s’agit nullement d’une incitation à sortir ma caméra mais plutôt à regarder de l’autre côté de la missive. Il y aurait donc autre chose à lire que mon nom et mon adresse. Illico je tourne. Là, promesse … invite voluptueuse, photo ouatée, couple en canapé, lumière archi tamisée, fausse obscurité … écran extra plat. Ambiance hybride, entre Rex et living.

On me prévient en lettres lumineuses : « Il reste toujours une place pour une séance de cinéma à domicile … » (toujours cette petite respiration célinienne).

Je déplie le mystérieux prospectus. Une lettre ! Pour moi. A mon nom à moi, personnel. J’avale ma salive. Je m’ rembarre l’émotion.numericable

                     Effondrement total. Cruelle désillusion. Subit dégrisement.

Cette phrase résonnera à tout jamais dans mon petit crâne vieillissant : « LES OCCASIONS DE RATER LES FILMS EN SALLE SONT NOMBREUSES »

Tout à coup j’ai peur, mes jambes se mettent à swinguer, je sers les fesses. Quelles menaces terribles pèsent donc sur mes chères sorties cinématographiques ???

Je me laisse choir sur le canapé défoncé. J’observe mon bel écran 117 cm, dormant et muet. Quelques secondes s’écoulent. Je cherche au plus profond de mon être quelque insoupçonnable énergie qui me permettrait de refaire surface.

caissiere pensiveJe reprends un à un les petits morceaux de phrases. Je me dis alors que rien n’est véritablement perdu. La file d’attente, l’impatience. Tout cela fait partie de l’expérience, de la « sortie ». C’est souvent un moment délicieux qui permet, par exemple, d’échanger quelques mots avec ses amis que l’on vient juste de retrouver avant la séance. L’attente crée aussi le désir, n’oublions pas. C’est aussi un moment de concentration, de transition. Un no man’s land indispensable. Oublier l’avant pour mieux se glisser dans l’autre monde.

« Le froid glacial qui ne donne pas envie de sortir ». Cet argument est-il bien sérieux en plein réchauffement climatique ? [Second smiley réglementaire]  Vivons-nous au Pôle nord ? Le cinéma n’est-il qu’une activité hivernale ? Quand bien même nous resterions à attendre 15 minutes sous une température de 0 °, quel plaisir pourrions-nous ressentir en pénétrant dans la salle obscure, chaude et réconfortante ! Je vous renvoie, cher lecteur convaincu, à ces magnifiques pages du Voyage de Céline.

 Enfin, si la séance à laquelle je voulais me rendre était complète, je me sentirais conforté dans mon choix et après le petit moment de déception digéré, je verrais sans doute croître mon désir de voir le film.caissiere bleue

Mon propos, ici, n’est pas d’opposer la sortie au cinéma, la projection en salle, c'est-à-dire le cinéma comme spectacle, au visionnage de films chez soi sur un son téléviseur, ou son ordinateur. Les deux activités sont complémentaires. Un film vu au cinéma restera plus facilement en mémoire. Le niveau d’émotion n’est pas le même.

Quand une exposition photographique, picturale ou autre, me touche, je ne résiste jamais à l’envie d’acheter le catalogue. Bien plus tard, en feuilletant l’album, le plaisir qui se dégage est autant provoqué par les reproductions des œuvres que le souvenir des impressions ressenties le jour où j’ai vu les originaux dans leur véritable format.  J’ai la même relation avec les films. Au cinéma je les vois dans leurs versions et formats originels, sur ma télé je (re)vois une copie. Il y a encore de l’émotion. Elle n’est pas plus ou moins importante, elle est d’une autre nature. Elle se situe plus au niveau du souvenir que de l’émotion brute. 

J’ai toujours regardé des films sur mon téléviseur. Encore un peu plus depuis que je loue les services de l’HD Box de Monsieur Numéricâble. C’est un petit outil magique, tout de même…

caissierIl m’arrive pourtant d’éprouver des regrets après avoir vu un bon film pour la première fois sur ma Sony 16/9e connectée en me disant que la découverte aurait été bien plus transcendante encore en salle.

Ce mailing envoyé aux clients est des plus mauvais goûts. Une erreur marketing sans doute. Nul besoin de dégoûter le chaland d’aller au cinéma pour l’attirer devant le petit écran.

On peut prendre un petit plaisir à échanger sur Facebook tout en préférant passer une soirée avec ses amis.

*Actuel responsable de la relation clients Numéricâble et signataire de la lettre

pas à lheure

Les photos sont extraites du documentaire que je prépare actuellement, "Regarder un film" et dont j'ai déjà parlé sur ce blog: pourquoi aimons-nous les films ? 

 

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