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Publié par Eric PETIT

Tous les dix ans, le département étude du ministère de la Culture réalise une grande enquête sur les orientations et les préoccupations des français en matière de culture. Le traditionnel intitulé, «Les pratiques culturelles des Français…», s’est vu affublé de ce que l’on pourrait appeler un complément de temps: «...à l’ère du numérique». Normal. La dernière enquête datait de 1997. A cette époque les ordinateurs se faisaient encore rares dans les foyers hexagonaux. Le taux d’équipement était de 1 sur 5.

1% des Français seulement avouait surfer sur Internet. A moins d’être âgé de 104 ans et d’avoir élu domicile sur une île ravitaillée par les mouettes, notre vie à tous s’est trouvée bouleversée par le numérique.

Notre rapport aux films et au cinéma a forcément changé. De l’art de la célébration unique et collective, nous sommes passés à différentes formes de consommation des images. L’enquête du ministère nous donne quelques éléments intéressants.

On y apprend par exemple que 43 % de nos compatriotes ne se sont pas rendus dans une salle de cinéma au cours de l’année écoulée. Cela veut-il dire que nous nous intéressons moins au cinéma qu’avant ? Peut-être pas. Et si c’était le cinéma qui ne s’intéressait pas assez à nous ..? Juste retour des choses …

Aucune surprise dans cette étude, rien d’étonnant. Plus on est jeune, plus on aime les films américains et proportionnellement, plus on est vieux plus on apprécie les films français. Américanisation de la culture, uniformisation des goûts. Mondialisation conduisant vers un inclinaison unique.

La numérisation du patrimoine mondial et l’indexation axée sur la théorie du « plus c’est vu, plus ça mérite d’être vu », au détriment de tout le reste, ne va pas aller dans le sens de la richesse et de la variété culturelle. Dans 10 ans la curiosité sera morte. Le principe fondateur d’Internet, «  j’obtiens tout, tout de suite » tendant à devenir aujourd’hui le seul mode de pensée, nous empêche de consulter au-delà des deuxièmes pages des résultats de recherche, puisque nous sommes devenus fainéants.

L’enquête nous dit aussi que sur 100 personnes , 32 regardent des films téléchargés (ciné, séries, vidéo) sur leur ordinateur et 37 des DVD loués ou gravés. Mais on ne sait pas si ce sont ces mêmes gens qui vont moins au cinéma, dommage.

Si nos carrières de spectateurs (je n’ose même plus dire de cinéphile) vont en prendre un sacré coup derrière la nuque, nos pratiques de filmeurs domestiques semblent pouvoir bénéficier positivement de l’évolution technologique. En 1997, 14 personnes sur 100 déclaraient faire des films ou des vidéos contre 27, 10 ans après. Bonne nouvelle ! Parmi les 27 cinéastes amateurs, il faut compter les utilisateurs de téléphone-caméra. Rappelons que «J’aimerais partager le printemps avec quelqu'un», premier long métrage sorti en salle, entièrement tourné avec un téléphone date de juin 2009. Il est l’œuvre du truculent Joseph Morder, grande star du cinéma super 8.


La révolution numérique a-t-elle vraiment eu lieu ?

Quelque chose me parait paradoxal. On dit que le spectateur captif est en voie de disparition et pourtant il me semble que nous faisons de moins en moins d’effort pour découvrir de nouveaux horizons. L’outil révolutionnaire existe, à nous de le saisir et de l’exploiter sans répit et sans pitié.

A nos téléphones …. Euh … non .. A nos caméras !!

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