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Publié par Eric PETIT

Mourir est sans doute la façon la plus sûre de faire parler de soi. Eric Rohmer ne voulait pas se montrer et préférait que l’on parle de ses films. A en croire le nombre d’articles parus dans la presse au lendemain de sa disparition, Eric Rohmer était un champion du box office et un cinéaste très populaire.  L’ensemble de la presse a salué « un des plus grands auteurs du cinéma français ».  Parmi tous ces fans de la dernière heure, combien étaient sincères, combien connaissent réellement ces films ?  Les médias ont une capacité énorme à nous faire croire qu’ils ont la science infuse. Je ne sais plus sur quelle chaîne du câble j’ai vu une pauvre présentatrice de JT tenter de nous faire croire qu’elle prenait la disparition du cinéaste comme la plus grande catastrophe que le cinéma ait connu en ce début d’année … tout en prononçant à l’allemande le nom du réalisateur , « Erik Rohmeurrr », un peu avec le même accent que Jean Lefebvre dans la 5ème compagnie.  Grossssseu pérteu pour le cinéma hallemand.

La plupart des articles que nous avons lus ne font d’ailleurs que reprendre ou développer la dépêche AFP. Et puis pourquoi insister autant sur le terme AUTEUR ? Parce que la parole était l’élément le plus important des films du cinéaste ? Un réalisateur qui tenterait de s’exprimer avant tout par l’image ne pourrait-il pas être qualifié d’auteur ?  presse Rohmer

D’après Yves Jaeglé du journal Le Parisien, Rohmer est l’homme qui a changé le cinéma français. Le journaliste nous explique posément pourquoi en quatre points :

« Il a créé la Nouvelle vague ».  Moi, je croyais que c’était Françoise Giroud, journaliste à L’Express qui avait inventé le terme. Expression bien pratique qui permettait de mettre quelques jeunes réalisateurs au passé récent de critiques dans le même tiroir. Créer une étiquette. Les journalistes et les publicitaires font parfois le même métier. Nouvelle Vague comme une marque, une école, une institution. Si je mets ma mauvaise foi de côté, j’admets qu’il y a une grande logique à associer Godard, Truffaut, Rivette, Rozier, Chabrol et quelques autres. (Même si les préoccupations cinématographiques des uns et des autres ont vite divergé).  Rohmer étant, non pas le chef de file, mais le plus âgé de la bande, ayant derrière lui une petite carrière d’enseignant, d’écrivain et de critique. Mais les étiquettes sont parfois bien utiles et j’avoue m’en servir plus qu’il n’en faut.  Bref, le journaliste estime que Rohmer a créé la Nouvelle vague. C’est un raccourci rapidement négocié.     
« Il a révélé Fabrice Lucchini ». En voilà un bouleversement pour le cinéma français !! Fabrice Lucchini, que l’on adule ou que l’on déteste, comme toutes les personnalités fortes.  Pour ma part, je tombe souvent sous le charme de ce comédien singulier, qui a su si bien prêter une voix aux textes de Céline. Mais il n’a en rien fait évoluer le cinéma français, franchement. 
Autre bouleversement : « Il a lancé Arielle Dombasle ». Yeah !!  Mais pourquoi ne l’a-t-il  pas lancé plus loin?
Enfin, « Il a capté la génération branchée des années 1980 ». Rohmer comme porte drapeau de la génération pré-bobo. Le journaliste fait ici référence au film «
 Les nuits de la pleine lune ». C’est un film intéressant mais qui ne peut en aucun cas résumer à lui seul la filmographie du réalisateur.
Les différents et nombreux hommages sont tous (ou presque) de cet acabit. Des raccourcis, des poncifs, des titres tonitruants :
Vague à l’âme, Dernière vague, L’esthète du sentiment, Le conteur s’est tu, Le Kubrick du cinéma français, Un créateur subtil, L’Odyssée Rohmer, Tous contes faits et sans doute, le plus déjanté : Rohmer, l’amoureux.  Pour résumé, en sous jacent de toutes ces oraisons funèbres, les films de Rohmer étaient  très bavards, très chiants mais si fins, si élégants, si justes… Comment avons-nous fait pour vivre si longtemps sans nous en rendre compte ?

Ah ! Si seulement Johnny avait pu se décider à mourir en même temps que Rohmer … Nous aurions évité à Rohmer toutes ces inepties à la fois pénibles et inutiles… tout juste quelques lignes rapidement torchées en dernière page. En septembre 1998, Eric Rohmer avait refusé que l’on mette sa photo en couverture de l’hebdo culturel « Les Inrockuptibles » qui lui consacrait un dossier. En échange il avait écrit un texte  qui avait fait la couverture. En voici un extrait : « Je pense que l’œuvre est plus importante que la personne. Et pour des raisons très égoïstes, étant donné la façon dont je vis et dont je filme, j’aime bien ne pas être reconnu dans la rue. Etre incognito dans les transports en commun me plait énormément. (…) Personnellement je n’ai besoin de rien et je ne pense pas que me montrer puisse augmenter mon public, avec lequel j’ai une très bonne relation ».

Je regrette que l’on n’ait pas plus parlé de ses films à l’annonce de sa mort. Cela aurait été un plus bel hommage. Mais aujourd’hui le cinéma est devenu un média comme les autres, il sert aussi à créer des people là où ce n’est pas nécessaire.

 

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