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Publié par Eric PETIT

Le documentaire est le genre filmique qui offre le plus de perspectives réjouissantes pour le cinéma, sans doute, parce qu’il existe grâce à une matière vivante, certainement, parce qu’il peut se libérer de toute contrainte et de tout code narratif.
La  « fiction » est tarie et a fini de nous distraire et de nous étonner. L’impression que tout a été dit persiste. La même histoire est rabâchée à l’infini. Elle nous a été présentée de toutes les manières possibles, tordue dans tous les sens, exhibée de tous les côtés.
cinereelLe documentaire nous laisse de l’espoir.
Toutefois de gros efforts sont encore à fournir pour le sortir du rôle de caisse enregistreuse de la misère du monde dans lequel on a tendance à le cantonner.
Hier, un ami me racontait que son fils de 10 ans était en train de changer, qu’il passait beaucoup plus de temps qu’avant dans la salle de bain, qu’il se peignait soigneusement, voulait se parfumer etc.
Et moi, avec mes gros godassous de père expérimenté de lui répondre « qu’on était tous passé par là, que le mien à cet âge là faisait pareil etc. etc. »
Voilà le type de regard que portent la plupart des documentaristes sur le monde aujourd’hui.
Il ne suffit pas (seulement) de chercher à filmer les choses  les plus extraordinaires, les plus spectaculaires de notre société, mais peut-être (simplement) d’apporter une nouvelle vision sur les choses les plus simples. Peut-être suffit-il de se laver les yeux avant de sortir sa caméra. Pas facile de retrouver une virginité. Le challenge ultime du cinéaste du XXIe siècle n’est plus d’embarquer le spectateur dans son histoire mais plutôt de le débarquer du maelström d’images et de sons dans lequel il est en train de se noyer.
Le Festival du Cinéma du Réel qui se tient jusqu’au 3 avril au Centre Pompidou à Paris ne serait pas loin de nous prouver que les choses évoluent et nous apporterait même quelques pistes. Il semblerait par exemple que le cinéma dit « militant » (un mot bien plus horrible encore que « militaire ») ait fait son temps. Il n’aura donc pas été inutile de répéter en boucle qu’il ne convainquait que les convertis et n’apportait pas grand-chose au débat.
Une première piste (en exemple) avec le film du Canadien Denis Côté, « Bestiaire ». Idée simple : filmer les animaux d’un zoo. Non sujet ? Sujet vu 3 millions de fois ? Pendant un peu plus d’une heure, le réalisateur nous propose de regarder (et de voir) avec lui, les animaux.Bestiaire                                         un regard vierge sur le monde
Aucune compassion pour ces bêtes ; aucun jugement, aucun sentiment imposé, pas plus de prise de position. Juste un choix de point de vue, de placement de caméra, de cadrage strict. Une bande son riche à souhait permettant au hors champ d’accueillir toute l’imagination débordante du spectateur que nous sommes. Du talent, du travail. Un film hautement participatif et interactif. Un postulat fort, un vrai travail qui part d’un regard et d’une écoute vierges, naïfs. Une vision de découverte. Un retour à l’enfance. S’il s’agit d’un regard neuf, il n’est pas pour autant neutre et objectif. Il ne suffit pas de poser sa caméra, d’attendre que ça se passe et d’enregistrer. Il s’agit de mettre en scène le réel. Dans le film de Denis Côté la bande son est constituée au ¾ de bruitages et de sons additionnels.
C’est un travail de création qui part d’un matériau brut et vivant, comparable à celui d’un sculpteur.
Un film où le spectateur n’est pas pris par la main, pas pris en charge, pas pris pour un con. Quand on sort de la projection, on a vraiment l’impression d’avoir participé à l’aventure, si simple soit elle.

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