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Publié par Eric PETIT

Le festival des  4 écrans nous donne, chaque année, l’occasion de faire un point sur la relation qu’entretiennent le film et Internet. Rappelons que ce festival a pour ambition de confronter ce qui se fait dans le domaine du réel, au cinéma, à la télévision sur Internet et sur nos petits appareils téléphoniques portatifs.  Plusieurs compétitions  permettent d’apercevoir  un certain  nombre de productions amenées à être diffusées sur les différents écrans.  Ce festival est accompagné d’une série de conférences regroupées sous l’intitulé « Université de l’image ».  Trois jours à naviguer entre la glaciale et venteuse Bibliothèque Mitterand et le MK2  de monsieur Marin. Si lors des années précédentes, le mot convergence était sur toutes les lèvres, il semble, cette année qu’un petit repli sur soi de chaque média était à l’ordre du jour. Cela ne veut pas dire que chacun retourne dans son coin, loin de là, mais plutôt qu’on ressente le besoin de renforcer  son propre territoire et de développer ses spécificités.

Cependant les passerelles et les ouvertures existent. Le Web et le film se font les yeux doux.  On a besoin l’un de l’autre. Qui se servira le mieux de l’autre ? Ne soyons pas autiste plus longtemps, un des axes de survie du film (je ne parle pas ici de cinéma mais du film au sens large) réside sans doute dans l’explosion des frontières entre les différents médias existants, traditionnels ou plus récents. Le Web film et le Web documentaire, aujourd’hui encore champs d’expérience, constituent une piste sur laquelle il est intéressant de s’engager. Certains pensent que c’est, pour le film, une voie prioritaire à explorer. Elle permettrait peut-être de sauver sa peau en trouvant une place dans les nouveaux dispositifs proposés par le Web.

Bien sur, le réalisateur perd sa toute puissance, tombe de son piédestal. Finie la prise d’otage du spectateur : « Tu sortiras de mon histoire quand je le déciderais ! ». Finis la linéarité, le rythme imposé et sans doute le point de vue dictatorial… Le spectateur captif devient un internaute actif, construisant sa propre histoire, son propre cheminement. L’illusion démocratique.

L’an dernier, sur ce petit blog, je vous avais parlé de quelques expériences intéressantes : Voyage au bout du charbon et Gaza Dzerot. Ces deux Webdocs apparaissent maintenant comme des pionniers d’un genre en construction et servent aujourd’hui d’exemple et de référence. Arnaud Dressen, producteur du premier, fondateur de Honkytonk Films nous a expliqué que ce fameux voyage était né d’un matériau déjà existant. Samuel Bollendorff, photographe indépendant, a ramené clichés et vidéos d’un reportage sur les mines de charbon dans la vallée chinoise de Shanxi. Constituée d’un journaliste, Abel  Ségrétin et assisté pour la mise en forme par Frédéric Blin, designer sonore et d’un développeur flash, Rémi Toffoli, l’équipe a créé un voyage-enquête dont l’internaute prend, dès le début, les affaires en main. Tout est basé sur des faits réels. Seuls les noms propres ont été changés. Il y a un coté ludique qui n’est pas sans rappeler le vidéo game. Du son, de l’image fixe, un peu de vidéo, du texte. L’internaute devient journaliste et mène sa propre enquête. Personnellement, j’aurais préféré un peu plus de films, mais ce webdoc pionnier montre peut-être la voie . Gaza-Szerot est souvent cité en exemple également. Le principe était différent. Juste des vidéos. Deux par jour. Une provenant du côté palestinien et l’autre israélien. L’interactivité résidait dans le choix d’entrée de l’internaute. Par personnage, par lieu, par sujet ….  Il n’existe pas encore (et encore moins il y a un an) de méthode établie, de mode d’emploi universel pour écrire et développer un webdoc.  Encore aujourd’hui peu de réalisations sortent de la logique du CD-Rom en ligne. La plupart sont plus proches du travail journalistique que du documentaire dit de création. Mais on sent que ça fourmille, que les choses vont se mettre en place. Même s’ils n’atteignent pas ceux du documentaire traditionnel, les coûts restent assez élevés. Les producteurs sont souvent des chaînes de télévision, Arte, France 5.  Depuis 2007, le Centre national du cinéma (CNC) a investit 3,5 millions d’euros d’aides dans 80 projets et réfléchit à ouvrir le bénéfice du compte de soutien à l’industrie de programmes (Cosip) aux œuvres créées pour Internet et les nouveaux médias.  Les appels à création dotés se multiplient.

Depuis Voyage au bout du charbon et Gaza-Dzerot moultes projets ont vu le jour. Il s’agit le plus souvent soit, pour le Net, de diffuser des vidéos pour enrichir un site Web, soit pour des vidéastes-cinéastes de se servir de la Toile pour diffuser leur travail. On est au début de l’histoire. La complémentarité totale entre le film et le Web n’est pas encore trouvée. Le mariage n’est pas encore consommé. Pour l’instant on s’observe, on se jauge, on se drague …

L’écriture du web film reste à inventer. Web documentaire, Web fiction, Web séries, toutes les pistes doivent être tentées, expérimentées. Je vous invite à prendre du temps et à vous perdre  dans l’océan du Net à la recherche de la perle improbable. Hier, après avoir surfer en vain pendant une vingtaine de minutes de Webdocs en Web séries, je suis tombé en arrêt sur un programme (je crois que l’on peut appeler ça comme ça) d’Ana Maria de Jesus, Orbitor . Pourquoi ? Je ne sais pas. Le principe m’a plu et il m’a semblé qu’il y avait un investissement personnel, une véritable envie de voir et de montrer.  On est loin de la Chine et de la Palestine, simplement un territoire somme toute assez banal, une ville de banlieue, un quartier anodin. Le principe étant de se servir d’une parabole d’écoute et d’enregistrement nommée Orbitor pouvant capter des sons jusqu’à 100 mètres de distance, et de la diriger  vers ces lieux du quotidien. Le résultat est surprenant. Je vous conseille de vous installer bien au calme et si possible mettre un bon casque sur les oreilles. Vous verrez, les images prennent une tout autre dimension.  Vous pouvez vous promener en suivant le chemin tracé par les photos ou en cliquant un peu au hasard sur la carte.  Une façon de conquérir la ville. Le site nous promet une suite … sous forme de documentaire. Quelque chose qui pourrait peut-être ressembler à du cinéma …

 

 

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