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Publié par Eric PETIT

Au retour d’un voyage de quelques jours sur le continent africain j’apprends que le jury de Cannes a décerné sa plus haute récompense au réalisateur thaïlandais Weerasethakul pour son dernier film Uncle Boonmee. Surprise. En gribouillant un petit billet sur Primitive, l’expo que lui avait consacrée le Musée d’art moderne de Paris d’octobre à janvier dernier, j’étais loin de me douter que cet artiste, quelque peu underground allait se retrouver sur le devant de la scène internationale, sous les feux les plus puissants et sous la pluie de paillettes la plus dense que l’Europe connaisse. Quelques mois auparavant, j’avais découvert deux de ses films un peu par hasard. J’avais été séduit par le rythme, l’ambiance et le mystère qui s’en dégageaient. Les installations de Primitive avaient totalement confirmé mes impressions cinématographiques. Le plaisir de découvrir un nouvel univers était jubilatoire.  Weerasethakul n’était pas non plus un complet inconnu. Il avait reçu le prix du jury en 2004 pour Tropical malady.

En revanche en lisant la presse ce matin, je me rends compte que les avis sont partagés. Et pas qu’un peu. On navigue entre l’extase des tout nouveaux convertis qui pour rien au monde de voudrait manquer le dernier « Vais raser ta couille » dont ils n’avaient jamais entendu parler il y a trois jours et les furieux antis qui crient au scandale.  Moi, je peux faire le kéké et le chien savant avec mon petit article qui date du mois de janvier  !!! Weerasethakul, une forme primitive de cinéma ?

Pour Le Monde il s’agit de « la palme d’or la plus folle et la plus métaphysique de l’histoire de Cannes ». 200691022230-Dir Apichatpong weerasethakulLibération parle d’un film « magique quoique déroutant » et l’incontournable Parisien semble assis entre deux strapontins en qualifiant le film d’étrange, histoire de rester sur la réserve et de ne se fâcher avec personne. Le plus virulent reste Le Figaro avec un avis clair, net, franc et sans ambigüité : « La palme de l’ennui », « La palme dort », « un film marginal, destiné au circuit élitiste du cinéma art et essai ».  Ils n’ont pas tord, il ne s’agit certainement pas d’un film grand public formaté sur les mêmes critères que les 95 % de ce que l’on peut voir en salle.  Est-ce une bonne raison pour ne pas le récompenser ?  Ne doit-on encenser que ce qui n’est pas original et ne sort pas des clous ? J’avais regretté Le Ruban blanc, primée l’an dernier, qui m’avait paru tellement convenu que je l’avais qualifié de film mort. Avec ses fantômes et ses revenants le Thaïlandais a déjà réussi  à réveiller les polémiques. C’est toujours ça de gagné.

 C’est une palme politique, disent-ils aussi. Une façon de faire un focus sur un pays en détresse. Cela peut-il  enlever ses qualités au film ?  Je me refuse de porter quelque jugement que ce soit sur Uncle Boonmee puisque je ne l’ai pas vu. Le journaliste du Figaro a une longueur d’avance sur moi. Seulement j’aurais aimé qu’il nous parle un peu du film, qu’il nous dise un peu ce qui lui autant déplu. Mais ça, c’est un peu difficile, c’est un vrai boulot de critique. Moi non plus, je ne sais pas faire.  Même si les récompenses cannoises n’ont pas grande valeur et ne sont  pas forcément des gages de qualité, disons que la palme de cette année a au moins le mérite de proposer au public le travail d’un artiste et cinéaste intéressant. A nous tous de voir si sa nouvelle réputation est galvaudée ou non. J’ai assurément mon p’tit avis. Mais il n’est qu’à moi…

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