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Publié par Eric PETIT

 primitive
Le film comme objet d’exposition et  élément principal d’un dispositif artistique, une des voies de sauvegarde du cinéma, même si ça n’en est pas tout à fait.       
En passant deux heures au Musée d’art moderne de Paris au cœur de l’installation intitulée
Primitive, proposée par le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, je me suis dit que la narration cinématographique classique avait sans doute fait son temps.  Dans dix ans, serons-nous encore capable de suivre une histoire pendant une heure et demie ?  Accepterons-nous encore d’être pris par la main par un raconteur de balivernes qui souhaiterait nous imposer une promenade dans son histoire personnelle sans pouvoir intervenir ? Dans un billet précédent, j'estimais que le web film offrait sans doute une piste alternative. Les expositions d’art contemporain le seraient tout autant, et peut-être même plus, puisque nous restons ici dans le domaine du spectacle et de la représentation publique. (Relire aussi HF / RG – une caméra qui parle ? Mon oeil!)                           
Je n’ai vu pour l’instant que deux films du Thaïlandais :
Mysterious object at noon de 2000 et Blissfully yours de 2002, le genre de film, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, que l’on commence à regarder un peu distraitement, dans lequel on entre doucement pour finir scotché à l’écran.

Primitive nous propose une dizaine d’œuvres (mais essentiellement des vidéos) ayant toutes comme point  de départ le village de Nabua situé au nord-est de la Thaïlande. L’artiste-réalisateur se souvient qu’il y a quarante ans l’armée y avait massacré les fermiers communistes venus s’y installer.  C’est une question de mémoire, de souvenirs. Chaque œuvre se présente comme une séquence, une scène de film. Les personnages sont des jeunes gens bien contemporains qui déambulent, chantent,  s’amusent devant la caméra. On va d’écran en écran et l’on reconstitue l’histoire soi-même. On crée son propre récit. C’est beau, c’est troublant. Le long clip musical nous montrant des adolescents courant jusqu’à l’essoufflement est à mes yeux le moment le plus fort. double écranL’auteur a voulu rendre hommage, ici, à l’exaltation et à la libération des tensions, faisant ainsi écho au climat politique thaïlandais actuel. Pour info il s’agit du morceau  I’m still breathing du groupe Modern dog. La dernière salle nous propose deux grands écrans sur lesquels les images  et les sons se répondent. A gauche, ce que l’on pourrait imaginer être du documentaire  (la réalité) et à droite de la fiction (le merveilleux, le conte).

Le travail présenté par le réalisateur thaïlandais est d’autant plus intéressant qu’il participe aussi à la préparation de son prochain film, Uncle Boonmee who can recall his past lives.  Un peu comme si chaque œuvre présentée ici était un morceau en chantier de son film.

La première vidéo qui accueille le visiteur-spectateur a pour titre Phantoms of Nabua  et nous montre des adolescents jouant au foot dans la nuit avec une boule de feu. Mais je ne vous en raconte pas plus …. Cette vidéo est en ligne. Regardez-là. C’est une évocation de la disparition du cinéma …. Tiens, une idée qui me tient à cœur …

 

 Pour voir Phantoms of Nabua cliquez sur la photo...      
                                                
                                                      phantoms-of-nabua-200
                                                                                                   ...et crevez l'écran

 

                                                                                                                        

 

 

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