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Publié par Eric PETIT

En évoquant Emile Couzinet, j’ai eu l’impression d’aller  faire un petit tour dans la préhistoire du cinéma. Aujourd’hui je parle de Robert Flaherty. C’est un grand bond en arrière sur l’échelle du temps. On remonte quasiment au Big Bang, quand les films n’avaient pas encore besoin de la voix humaine pour raconter une histoire et offrir de l’émotion.

J’ai revu, il y a quelques jours Nanouk l’Esquimau (Nanook of the North). Plutôt, j’ai vu Nanouk. Je l’ai vu pour la première fois sur grand écran. La projection était accompagnée par trois musiciens qui jouaient en live.

Étonnant moment. Quel film ! Quelle puissance dans les images ! Flaherty, géographe, ethnologue et inventeur du docu-fiction. Nanouk, commande des frères Révillon, célèbres fourreurs parisiens, est tourné en 1922. C’est un documentaire mis en scène. Flaherty fait rejouer des tranches de vie quotidienne à ses « modèles ». Ce film nous fait vivre les luttes quotidiennes sur la banquise. Luttes contre le froid, contre la faim. D’autres images, plus apaisantes, nous montrent des jeux d'enfants, gais, souriants, des glissades sur la banquise, pendant que le père construit l’igloo. C’est un document exceptionnel.

Guitare, flûte, batterie et machines électroniques nous ont accompagné pendant ce voyage magnifique et terrifiant. Booster, Yann Cléry et Aidje Tafial ont livré une musique proche du free jazz, extrêmement moderne, collant aux images, les anticipant parfois sans toutefois ne jamais tenter de prendre le pas sur la narration de Flaherty. Un moment hors du temps, pendant lequel les notions de passé et de modernité ont disparu de notre esprit. En sortant du Balzac, j’aurais juste bien aimé boire un vin chaud pour me réchauffer.

Une petite anecdote. On raconte que lors des premières projections du film, on distribuait des bâtonnets glacés aux spectateurs et que ces glaces furent baptisées « esquimau ».

Ce ciné-concert était proposé par le cinéma Balzac à Paris (8ème). Cliquez sur le lien pour prendre connaissance des prochaines soirées.
   
                                                              
Robert J. Flaherty était un américain d'origine irlandaise. Il a commencé sa carrière comme explorateur, cartographe et géologue. Né avant le cinéma, en 1884, il est considéré, avec Jean Rouch, comme l'un des pères du documentaire. C'est lui qui le premier établit de véritables liens avec les personnes qu'ils filment.
Ses "modèles" sont aussi ses complices.
Nanouk ne s'appelle pas Nanouk. La femme et l'enfant que l'on voit à ses côtés dans le film, ne sont pas de sa famille. Les scènes sont jouées et répétées. Mais c'est un véritable iglloo que Nanouk construit. C'est à une vraie chasse au phoque que nous assistons. Ces artifices ont été reprochés  au réalisateur. Il fut traité de manipulateur. Le document  conserve toute sa valeur. Les instants impressionnés sur la pellicule sont de vrais moments de vie des esquimaux de 1922. Il n' y a pas tricherie. Il y a juste un peu de mise en scène. Si les huskys nous paraissent si féroces, c'est qu'ils l'étaient véritablement. Flaherty ne fait que dramatiser des moments de vérité.
En 1946, Georges Rouquier avait utilisé la même méthode pour tourner Farrebique, documentaire sur le monde paysan français.

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